vendredi, 22 juin 2007

DÉMÉNAGEMENT

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AVIS À TOUS : L'ÎLE DÉSERTE DE LOUIS DÉMÉNAGE.





Pour plusieurs raisons (dont les options de présentation), vous me trouverez maintenant à ma Citadelle des livres.

Durant les prochains semaines, je vais surtout me concentrer sur le transport de textes déjà publiés sur ce blog. Ne soyez donc pas surpris de tomber sur de "vieux" billets. Je ne cesse pas de lire pendant ce temps. Des nouveaux textes devraient donc y apparaître bien vite.

Au plaisir de vous voir dans ma nouvelle demeure virtuelle.


Louis

mardi, 19 juin 2007

Vol de nuit par Antoine de Saint-Exupéry

medium_Vol_de_nuit.2.jpg On lit Saint-Exupéry comme on découvre un tableau magnifique. Chaque page, chaque moment, on ne peut s'empêcher d'admirer et de se dire que l'art a sa raison d'être. Et que, parce que nous regardons cette oeuvre, nous aussi n'existons pas en vain, que la vie ne nous a jamais oublié. Vol de nuit est la preuve que quelque chose de plus grand que l'homme existe : la beauté.


Déjà pourtant s'éclairaient les villages, et leurs constellations se répondaient. Et lui aussi, du doigt, faisait cligner ses feux de position, répondait aux villages. La terre était tendue d'appels lumineux, chaque maison allumant son étoile, face à l'immense nuit, ainsi qu'on tourne un phare vers la mer. (p.18)


Ce n'est pas la première fois que je parle d'Antoine de Saint-Exupéry. Il y a quelques mois déjà, j'écrivais toute mon admiration pour Terre des hommes. À la différence ce dernier, Vol de nuit relève davantage de la fiction. Tout le récit se déroule en une nuit durant laquelle nous suivons trois courriers survolant le ciel de l'Amérique du Sud. Sans véritable intrigue, le roman guide le lecteur dans les premières années de l'aviation nocturne, dans cette lutte acharnée que menèrent les hommes contre le temps et la nuit :

Pour le pilote, cette nuit était sans rivage puisqu'elle ne conduisait ni vers un port (ils semblaient tous inaccessibles) ni vers l'aube : l'essence manquerait dans une heure quarante. Il pensa qu'il était cerné. Tout se résoudrait, bien ou mal, dans cette épaisseur. C'est vrai. Il a cru quelques fois, quand montait le jour, entrer en convalescence. (p.94)


Les courts chapitres alternent entre le ciel et la terre. Sur terre, c'est Rivière que nous suivons. Responsables du bon fonctionnement de l'aéropostale, il insuffle à ses pilotes sa vertu et son courage : "Aimez ceux que vous commandez, mais sans leur dire". Quant au ciel, le véritable personnage principal qu'on y trouve est la nuit. Tantôt calme, tantôt meurtrière, elle est la véritable force de Vol de nuit. Pendant qu'elle agit, les autres la traversent et lui résistent... parfois.

Vol de nuit est un récit tranquille d'une rare intensité.

Antoine de Saint-Exupéry, Vol de nuit, éd. Gallimard, coll. Folio, 2004, 195 pages, ISBN 207039395X.

© L'île déserte de Louis

vendredi, 08 juin 2007

Des chrétiens et des Maures par Daniel Pennac

medium_Des_chrétiens_et_des_Maures.jpg Le matin, Le Petit a décrété :
- Je veux mon papa.
Il a repoussé son bol de chocolat et j'ai su, moi, Benjamin Malaussène, frère de famille, que le Petit n'avalerait plus rien tant que je n'aurais pas retrouvé son vrai père. Or ce type était introuvable. Probablement mort, d'ailleurs. Après deux jours de jeûne Le Petit était si transparent qu'on pouvait lire au travers. Mais il repoussait toujours son assiette :
- Je veux mon papa.
(Quatrième de couverture)

Pour les novices en la matière, sachez que la tribu Malaussène est le cœur et l'esprit de plusieurs romans écrits par Daniel Pennac. Vendues à plusieurs millions d'exemplaires, cette série ne cesse de faire le bonheur de ses lecteurs. D'abord avec Au bonheur des ogres, puis avec La fée carabine, Aux fruits de la passion et bien d'autres, Pennac ne semble jamais manquer d'imagination lorsque vient le temps de plonger cette famille sans père ni mère dans de nouvelles aventures.

Ici, contrairement à son habitude, Pennac propose une histoire courte (96 pages) et "relativement" simple comparée à La petite marchande de prose (360 pages) ou encore Le dictateur et le hamac (410 pages). Sorte de parenthèses dans le récit des Malaussène, Des chrétiens et des Maures est à la fois rafraîchissant et amusant. Il y est question de bouquins et d'Herman Melville. Un type se fait découper l'oreille pendant qu'un autre, le Shérif, frôle la mort à toutes les deux ou trois pages en plus d'héberger, bien malgré lui, un tania. On croise aussi la mafia locale, un neurologue briseur de cœurs et un rabin. Le tout en moins de cent pages! Par contre, pour ce qui est des chrétiens et des Maures...

Pour en apprendre un peu plus sur Daniel Pennac, le magazine Lire offre un bref aperçu de son chemin parcouru depuis 1985.

Daniel Pennac, Des chrétiens et des Maures, éd. Gallimard, coll. Folio, 2000 [1996], 96 pages, ISBN 2070406962.

© L'île déserte de Louis

jeudi, 07 juin 2007

L'affaire Jane Eyre par Jasper Fforde

medium_L_affaire_Jane_Eyre.jpgDans le monde de Thursday Next, la littérature fait quasiment office de religion. A tel point qu'une brigade spéciale a dû être créée pour s'occuper d'affaires aussi essentielles que traquer les plagiats, découvrir la paternité des pièces de Shakespeare ou arrêter les revendeurs de faux manuscrits. Mais quand on a un père capable de traverser le temps et un oncle à l'origine des plus folles inventions, on a parfois envie d'un peu plus d'aventure. Alors, lorsque Jane Eyre, l'héroïne du livre fétiche de Thursday, est kidnappée par Achéron Hadès, incarnation du mal en personne, la jeune détective décide de prendre les choses en main et de tout tenter pour sauver le roman de Charlotte Brontë d'une fin certaine... " (Quatrième de couverture)

Incroyable découverte que ce roman ! Jasper Fforde a le sens du rythme, le génie de la répartie et l'imagination sans limite. Avec comme toile de fond un monde qui aurait pu être celui du Londres des années 1990, il nous entraîne dans une folle poursuite digne des meilleurs polars. Mais, non content de nous tenir en haleine, il en rajoute en glissant dans de nombreux délires parmi lesquels nous retrouvons un dodo sans ailes (fruit du clonage), et, pourquoi pas, une secte (les Milton) vouant un culte sans borne à John Milton.

Si un jour vous avez rêvé de vivre dans votre livre favori et "d'habiter" son histoire, L'affaire Jane Eyre vous plongera dans votre fantasme le plus grand (fantasme littéraire, on s'entend). Dotée d'un étrange pouvoir qui lui permet de passer de livre en livre, et de parler et interagir avec ses personnages, Thursday fait partie du service des Opérations Spéciales Brigade littéraire, sorte de FBI de la littérature.

Dans L'affaire Jane Eyre, les livres nous attendent dans les endroits les plus inusités, et parfois en quantité quelque peu déconcertante :

J'ouvris le tiroir de la table de chevet de ma chambre d'hôtel. Il était plein à craquer. Outre la Bible Gédéon, il y avait là des enseignements de Bouddha et une version anglaise du Coran. Plus un recueil de prières à l'ESU, un pamphlet de John Wesley, deux amulettes de la Société de l'Éveil Chrétien, les pensées de saint Zvlkx et les désormais incontournables Oeuvres Complètes de William Shakespeare. (p.138).


J'ai dévoré les quatre cent pages de ce roman en trois jours. Si vous désirez goûter un peu la folie de Fford, son site Internet est le lieu de départ désigné. Vous y trouverez ainsi quantité d'information plus ou moins pertinente, comme par exemple tout ce concerne les versions plus à jour des clones de dodos ou encore de mammouths (qui n'a jamais rêvé de posséder un charmant dodo version 2.9.1 ?).

Bonne lecture !

Jasper Fforde, L'affaire Jane Eyre [trad. de l'anglais par Roxane Azimi], éd 10/18, coll. Domaine étranger, 2005, 410 pages, ISBN 2264042079.

© L'île déserte de Louis

mercredi, 04 avril 2007

Le dictateur et le hamac par Daniel Pennac

medium_Le_dictateur_et_le_hamac.jpgVous connaissez Manuel Pereira de Ponte Martins ? Non ? Normal, il n’existe pas. Il s’agit du dictateur agoraphobe inventé par Daniel Pennac dans son dernier roman, une capiteuse fiction de quelque quatre cents pages sur l’illusion du pouvoir et la réalité de l’imagination… Quelques mots sur l’histoire. Un jour, Manuel Pereira de Ponte Martins, sorte de synthèse parfaite de tous les dictateurs qui hantent l’histoire humaine, se met à désirer un objet impossible et monstrueux : le pouvoir. Mais pour s’assurer le pouvoir sur le pouvoir, il se trouve rapidement dans l’obligation de se faire remplacer par un sosie… Vous devinez peut-être la suite ? Le sosie lui ressemble tellement qu’il en vient, lui aussi (et comme par hasard) à exprimer le même désir : s’assurer le pouvoir en le contrôlant depuis l’illusion de lui-même, son double, le sosie. Étrange, non ? Au regard de la tournure d’esprit plutôt déviante de nombreux dictateurs, pas vraiment. Quelques noms de méchants à moustache ayant récemment utilisé des sosies vous sont peut-être d’ailleurs déjà venus à l’esprit… (Résumé de la Fnac)

Que dire de ce roman, sinon que je l'ai tout simplement adoré ! Après des années à étirer la sauce des aventures de Malaussène, Pennac nous offre du nouveau, du vrai nouveau : Le dictateur et le hamac. Nous quittons Paris et Belleville pour nous retrouver plongés en plein Brésil des années 1920... un Brésil rêvé par un auteur rêvant dans son hamac.

Vous l'aurez compris, Pennac sort des sentiers battus avec Le dictateur et le hamac. À tout le moins, il sort de ses sentiers battus, car, à la lecture des premières pages, nous avons l'impression de présences familières : Borges (Fictions), Queneau (Les fleurs bleues), Calvino (Les villes invisibles)... Puis, nous plongeons dans les années 1920 et nous voyons le dictateur Manuel Pereira tomber peu à peu sous le charme du cinéma muet. Au détour, nous croisons Charlie Chaplin et assistons à quelques tours de magie dans lesquels l'illusion n'est pas nécessairement là où on la croit être.

Si vous êtes amateurs de vieux films en noir et blanc ou encore de cinéma muet, vous devez lire Le dictateur et le hamac. Bien plus qu'une métaphore sur l'immuable continuité du pouvoir, ce roman en est un sur le plaisir de lire et d'imaginer des vies possibles.

Extrait :

Aux yeux du lecteur, les personnages ne « naissent » pas, ils existent dès leur apparition dans le texte. Pas de naissance, pas de croissance, pas d'apprentissage, une seule mission : être là d'entrée de jeu. Ils peuvent s'épaissir au fil des pages, bien sûr ; mais d'abord : « être là ». Or, un personnage n'est vraiment là que s'il échappe à la péripétie qui a rendu son apparition nécessaire, à la fonction qui prétende le définir, en un mot aux ficelles que l'auteur croit tirer.


Roman tiroirs, fable extravagante, anti-roman, hommage brillant à Charlie Chaplin, les mots me manquent pour décrire ce roman tant il est à la fois complexe et réussi!

Daniel Pennac, Le dictateur et le hamac, éd Gallimard, coll. Folio, 2005, 410 pages, ISBN 2070307050.

© L'île déserte de Louis

jeudi, 08 mars 2007

L'aveuglement par José Saramago

medium_L_aveuglement.jpg Un homme, assis au volant de sa voiture, attend devant un feu rouge. Il devient soudain aveugle. C'est le début d'une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. En quarantaine dans un hôpital ou livrés à eux-mêmes dans la ville, privés de tout repère, les hordes d'aveugles devront faire face à ce qui, en l'homme, est le plus primitif : la volonté de survivre à n'importe quel prix. Seule une femme n'a pas été frappé par "la blancheur lumineuses". Sauta-t-elle les guider hors de ces ténèbres ? (Quatrième de couverture)

Résumer et commenter L'aveuglement est une tâche périlleuse tant le récit qu'il contient est long et bouleversant. Plutôt que de tomber dans l'analyse froide, je préfère débuter avec mes impressions de lecteur. Étrangement, son auteur, José Saramago (Prix Nobel de littérature en 1998), aura écrit un roman qui rappelle les oeuvres de Stephen King. On découvre en effet une série de protagonistes qui, une fois infectés par un mal étrange, sont confinés malgré eux dans un ancien asile désaffecté. Surveillées en permanence par l'armée nationale (qui n'hésite pas à faire feu sur les aveugles qui quittent le périmètre de sécurité), ces personnes doivent rapidement s'organiser afin de survivre, pendant qu'à l'extérieur, l'étrange mal frappe toujours plus de gens.

Le monde de L'aveuglement en est un où les personnages, libres du regard des autres, deviennent lentement de véritables animaux. Face à une médecine impuissante et un gouvernement déficient, la violence des uns forceront les autres à demeurer humain. Ce roman contient certaines scènes très difficiles à lire. Bien que peu présente, la violence (tant psychologique que physique) décrite par l'auteur ne m'aura pas laissé insensible au sort des personnages.

On sent bien le petit côté moralisateur de Saramago. Heureusement, au-delà de cette métaphore universelle ("même lorsqu'il voit, l'homme est aveugle"), l'oeuvre de Saramago met parfaitement bien en scène la nature humaine dans toutes ses petites bassesses, une nature humaine où le plus fort veut l'emporter, mais aussi une nature humaine grâce à laquelle la solidarité à petite échelle s'impose comme un espoir de survie.

J'ai adoré ce roman. Son histoire, son style d'écriture particulier (de longues phrases, très peu de ponctuation, des dialogues sans tiret ni guillemet afin de donner l'impression d'être, nous aussi, perdu dans cet aveuglement) et ses personnages m'auront pris mes moindres temps libres depuis une semaine. Ce qui m'anène à cette petite mise en garde : bien que d'une épaisseur moyenne (366 pages), L'aveuglement est d'une rare densité. Très peu de blanc couvre ses pages. Les paragraphes, souvent longs de plusieurs pages, accentuent encore plus ce sentiment de perte de tout repère. Pour parler simplement, disons que le dernier roman d'Amélie Nothomb (Journal d'Hirondelle) tiendrait sans doute dans les vingt premières pages de L'aveuglement.

Aujourd'hui encore très actif malgré ses 80 ans passés, José Saramago publiait en 2006 la suite de L'aveuglement, soit La lucidité. N'ayez crainte, je ne crois pas que L'aveuglement devait initialement avoir une suite. Sa fin ne se conclue pas par un "à suivre...". Pour les plus curieux d'entre vous, vous trouverez ici un article de Saramago ("Que reste-t-il de la démocratie?") publié dans Le monde diplomatique en 2004.

José Saramago, L'aveuglement [trad. du portugais par Geneviève Leibrich], éd. du Seuil. coll. Points, 2006 [1997], 366 pages, ISBN 2020403439.

mercredi, 28 février 2007

Je suis une légende par Richard Matheson

medium_Je_suis_une_légende.jpgChaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l'abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil... (Quatrième de couverture)

Il faut l'admettre, on a vu mieux en matière de résumé. Tu parles d'une histoire ! Des vampires qui mangent des gens ! Encore un truc pour adolescents prépubères qui ne connaissent rien au trente dernières années du cinéma d'horreur. Avec un telle quatrième de couverture, c'est à se demander si les éditions Gallimard souhaitent vraiment vendre ce livre. Et pourtant...

Je suis une légende réserve plusieurs excellentes surprises. Écrit en 1954, soit en plein âge d'or de la science-fiction, le roman de Matheson raconte le quotidien de Robert Neville, le dernier homme qui n'ait pas encore succombé à la maladie. Ce dernier tient tête durant des mois à la population, à ses voisins et ses anciens amis devenus depuis des vampires. Barricadé comme il le pleut dans sa maison, il passe ses nuits ivre à écouter de la musique classique afin de ne pas entendre ses anciens amis l'appeler à les rejoindre. Au moyen d'un journal intime, Neville nous communique ses peurs et ses angoisses.

Là où Matheson fait preuve d'originalité est dans le comportement des vampires. Ainsi, alors que ceux-ci semblent agir tels de zombis en début d'histoire, nous constatons peu à peu qu'ils se regroupent en communauté et s'organisent pour construire les bases d'une nouvelle société. Seront-ils l'avenir et Robert Neville un anachronisme du passé ? Les monstres d'hier peuvent-ils devenir les "normaux" de demain ?

Pour la petite histoire, Richard Matheson a écrit plusieurs scénario des séries télés et de films, dont entre autres L'homme qui rétrécit (1957), Duel (1971... réalisé par Spielberg), Au-delà de nos rêves (1998... avec Robin Williams) ainsi que plusieurs épisodes de La Quatrième Dimension et Star Trek.

Et, tient donc, un film tiré de Je suis une légende devrait sortir cette année (novembre 2007). Au générique, nous retrouvons quelques grosses pointures, dont Will Smith (dans le rôle de Robert Neville) et Johnny Depp (un vampire...).

Richard Matheson, Je suis une légende, éd. Gallimard, coll. Folio SF, 2001, ISBN 2070418073.

© L'île déserte de Louis

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lundi, 26 février 2007

Histoires extraordinaires par Edgar Allan Poe

medium_Poe.jpgVoilà une femme étranglée par la force des mains, et introduite dans une cheminée, la tête en bas. Des assassins ordinaires n'emploient pas de pareils procédés pour tuer. Encore moins cachent-ils ainsi les cadavres de leurs victimes. Dans cette façon de fourrer le corps dans la cheminée, vous admettrez qu'il y a quelque chose d'excessif et de bizarre, - quelque chose d'absolument inconciliable avec tout ce que nous connaissons en général des actions humaines, même en supposant que les auteurs fussent les plus pervertis des hommes. (Quatrième de couverture)

Voici un classique de la littérature américaine qui fascine depuis plus de 150 ans des hordes de lecteurs. Histoires extraordinaires de Edgar Allan Poe est de ces recueils qu'on lit d'une couverture à l'autre en un clin d’œil. Étrange lorsqu'on sait que l'auteur ne connut qu'un succès mitigé de son vivant. Pauvre, brisé par le chagrin de la mort de jeune femme, il mourut de la rage (et non pas d'alcoolisme, comme plusieurs le prétendent) dans la totale indifférence. Voilà pour la petite histoire.

Traduit par nul autre que Charles Baudelaire (ce qui n'est pas rien), et préfacé par Julio Cortázar (ce qui n'est pas rien non plus), Histoires extraordinaires contient les tous premiers récits policiers de l'histoire de la littérature. Bien avant Agatha Christie et bien avant l'apparition de Sherlock Holmes, Poe aura mis au monde un nouveau genre littéraire. Meurtres et vols doivent ainsi être résolus par la grande intelligence d'un détective perspicace. Si certaines conclusion n'impressionnent guère (Double assassinat dans la rue Morgue), d'autres ne paraissent fort originales (La lettre volée) pour l'époque de leur écriture (1835-1845).

Poe est aussi passé maître dans l'art de créer des ambiances sombres et gothiques. Dans ses Histoires extraordinaires, le jour apparaît très rarement. L'astre lumineux fait plutôt place à la lune, lorsque cette dernière n'est pas cachée par de "sombres et épais nuages". Au pays des ombres et des bruits inquiétants, les personnages vivent dans une incertitude constante où manifestations du passé et spectres semblent se dissimuler quelque part dans la noirceur de décors.

Pour les plus observateurs, vous aurez peut-être remarqué que la culture américaine est encore imprégnée de l'influence de Poe. Ainsi, Les Simpsons ont consacré pas moins de trois épisodes à son oeuvres (William Wilson, Le cœur révélateur et Le poème Le corbeau... de loin le plus étrange épisode des Simpsons). Et, toujours au sujet de l'énigmatique univers de la culture américaine, vous serez heureux d'apprendre qu'un film à grand budget sur la vie de Poe sera sur nos écrans en décembre 2007. Le tout est présentement tourné par un certain... Sylvester Stallone !

Edgar Allan Poe, Histoires extraordinaires [trad. de l'anglais par Charles Baudelaire], éd. Gallimard, coll. Folio classique, 2005, 420 pages, ISBN 2070413594.

© L'île déserte de Louis

vendredi, 02 février 2007

Le monde des A par E.A. Van Vogt

medium_Le_monde_des_A.jpg XXVIe siècle. Difficile de se faire une identité dans l'immensité anonyme de l'empire galactique... surtout quand on est amnésique... En fait, plutôt lorsqu'on se rend compte que personne ne nous reconnaît. Le matin même, Gilbert Gosseyn avait quitté Cress-Village, en Floride. À l'hôtel, il reconnaît un voisin et le salue. Ce simple geste fait basculer son univers quotidien. Ainsi, il apprend qu'il n'existe aucun Gilbert Gosseyn dans son petit village de Floride, et que sa femme Patricia, décédée un mois plus tôt, n'est pas morte et, qui plus est, n'a jamais été mariée !

Acec Le monde des A (publié en 1945), Alfred Elton Van Vogt signe un grand classique de la science-fiction. Aujourd'hui très peu lu, Van Vogt met à contribution une riche imagination au service d'une intrigue qui démarre dès les premières pages. Il est vrai que la première version de ce roman fut publiée sous forme de feuilleton, ce qui explique en partie le constant suspense du récit. Construit à la manière d'un roman policier, Le monde des A incorpore aussi plusieurs notions de philosophie et de sémantique générale. Nous ne sommes pas en plein cours de philosophie, rassurez-vous. Il reste que ces allusions nous permettent d'accepter comme possible le monde que Van Vogt invente.

Le monde des A est le roman le plus populaire de Van Vogt. Je l'ai relu plusieurs fois depuis que je l'ai découvert dans une librairie de livres usagés. Peut-être est-ce parce que j'adore les romans d'anticipation ? Toujours est-il que je ne peux lire ce roman sans me l'imaginer en film. Les actions, les rebondissements et l'intrigue générale sont si bien présentés que le roman s'adapterait facilement au grand écran.

E.A. Van Vogt, Le monde des A [trad. de l'anglais par Boris Vian], éd. J'ai lu, 2001, 308 pages, ISBN 2290312983.

© L'île déserte de Louis

05:30 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : SF

vendredi, 26 janvier 2007

L'Écume des jours par Boris Vian

medium_L_Ecume_des_jours.jpg Chaque fois que je lis L'Écume des jours, je ne peux m'empêcher de ressentir de la jalousie envers Boris Vian. Ce roman est à ce point parfait que je ne parviens pas à croire qu'il fut l’œuvre d'un jeune homme de 26 ans ! Auteur mythique ignoré de son vivant, musicien, parolier, poète, acteur, Boris Vian fait partie de mes écrivains fétiches.

Petit résumé du roman : C'est un conte de l'époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, merveilleux et fantastique, féerique et déchirant. Dans cette oeuvre d'une modernité insolente, l'une des plus célèbres du XXe siècle et livre-culte depuis plus de trente ans, Duke Ellington croise le dessin animé, Sartre devient une marionnette burlesque, le cauchemar va jusqu'au bout du désespoir. Mais seules deux choses demeurent éternelles et triomphantes : le bonheur ineffable de l'amour absolu et la musique des noirs américains... (Quatrième de couverture)

L'Écume des jours, c'est une histoire d'amour entre Colin et Chloé vécue dans un monde merveilleux où l'on peut pêcher des anguilles dans notre lavabo, où des nénuphars poussent dans les poumons des jeunes filles et où des inventions aussi folles qu'un piano cocktail deviennent possibles. On rit de la philosophie de "Jean-Sol Parte". On danse sur la musique endiablée de Duke Ellington. On joue constamment avec les mots.

Recette de l'andouillon au porto :

Prenez un andouillon que vous écorcherez malgré ses cris. Gardez soigneusement la peau. Lardez l'andouillon de pattes de homards émincées et revenues à toute bride dans du beurre assez chaud. Poussez le feu, et, sur l'espace ainsi gagné, disposez à votre goût des rondelles de ris mitonné. Lorsque l'andouillon émet nu son grave, retirez prestement du feu et nappez de porto de qualité...


Au détour, Vian en profite pour dénoncer le règne de l'argent et la société matérialiste dont certains de ses amis sont victimes. Bien que tragique, la fin de L'Écume des jours n'atténue nullement la beauté du roman.

Pour ce qui est de Boris Vian sur internet, on y trouve une foule de sites abordant son oeuvre. Les plus remarquables sont, à mon avis, Le petit cahier du grand Boris Vian et Figures de style.

Boris Vian , L'Écume des jours, éd. Le livre de poche, 2005, 315 pages, ISBN 2253140872.

© L'île déserte de Louis

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