vendredi, 22 juin 2007

DÉMÉNAGEMENT

medium_EXCLAMATION.5.JPG



AVIS À TOUS : L'ÎLE DÉSERTE DE LOUIS DÉMÉNAGE.





Pour plusieurs raisons (dont les options de présentation), vous me trouverez maintenant à ma Citadelle des livres.

Durant les prochains semaines, je vais surtout me concentrer sur le transport de textes déjà publiés sur ce blog. Ne soyez donc pas surpris de tomber sur de "vieux" billets. Je ne cesse pas de lire pendant ce temps. Des nouveaux textes devraient donc y apparaître bien vite.

Au plaisir de vous voir dans ma nouvelle demeure virtuelle.


Louis

samedi, 07 avril 2007

Contes de ma mère l'Oye par Charles Perrault

medium_Les_contes_de_ma_mère_l_Oye.jpg J'ai 28 ans. De toute évidence, je ne suis plus un enfant. Depuis longtemps, je n'ai plus besoin d'histoires pour m'endormir. Et pourtant, cette semaine, j'ai soudain ressenti le besoin de redécouvrir ces contes qui, autrefois, me portaient jusqu'au sommeil...

J'ignore ce que serait devenu l'enfant que j'étais (que je suis encore ?) sans Charles Perrault. Sans lui, peut-être jamais n'aurais-je connu le Petit Chaperon rouge, le Petit Poucet, Cendrillon et le Chat botté. Il est fascinant de redécouvrir ces histoires issues du 17e siècle. Mes yeux et mon imagination de "grande personne" se surprennent à revivre les mêmes émerveillements et les mêmes terreurs que lorsque j'avais 6 ans.

"Il était une fois...", ces paroles me paraissent magiques tant elles évoquent un monde de possibilités infinies. Certaines surprises m'attendaient malgré tout lors de ma première véritable lecture de ces récits racontés des dizaines de fois par mon père. C'est ainsi que j'ai découvert que le Petit Chaperon rouge ne se fait pas secourir par un valeureux bûcheron à la fin du conte, tout comme Barbe bleue est beaucoup plus horrible que dans les versions de Walt Disney.

Si vous avez la nostalgie de votre enfance, ou encore que vous êtes à votre tour parent, je vous conseille vivement de (re)découvrir les Contes de ma mère l'Oye. On y retrouve une telle naïveté qu'il est impossible de ne pas ressentir le passé nous habiter à nouveau.

En terminant, je sais qu'il existe des dizaines d'éditions offrant les Contes de ma mère l'Oye. Pour ma part, je vous conseille vivement celle disponible chez Gallimard dans la collection Folio plus classiques. Les dossiers qui accompagnent les textes sont très complets. On y retrouve, entre autres, une études très intéressantes des nombreuses versions du Petit Chaperon rouge.

Chalres Perrault, Contes de ma mère l'Oye, éd. Gallimard, coll. Folio plus classiques, 2006, 292 pages, ISBN 2070339386.

© L'île déserte de Louis

jeudi, 08 février 2007

L'art de péter par Pierre Thomas Nicolas Hurtaut

medium_L_art_de_peter.jpg Qu'est-ce que l'art ? Question combien complexe qui, depuis la nuit des temps, fut au coeur de nombreux et houleux débats. Forme d'expression à la fois personnelle et collective, l'art se transforme et s'adapte au fil du temps. L'art reflète toujours l'époque de laquelle il est issu. Il arrive cependant qu'une forme d'expression survive aux siècles. Prenons pour exemple cet étrange essai datant de 1751 : L'art de péter par un certain Pierre Thomas Nicolas Hurtaut.

Éducatif et rogilo, ce livre nous apprend, entre autres, qu'être esclave du préjugé peut coûter cher. Par exemple, une femme qui, par coquetterie, n'avait plus pété depuis douze ans (!!!), est morte de s'être trop retenue... J'en conviens, nous voilà à mille lieux de L'art d'aimer (Ovide) ou encore L'art de la guerre (Sun Tzu). Du même souffle, je vous demande, qu’est-ce qui est le plus utile à une société qui veut vivre paisiblement : un essai sur la guerre ou un essai sur les pets ? Démagogie que tout cela, je sais...

Quelques anecdotes :

Selon Aristophane, Socrate formula l'hypothèse que le vrombissement des moustiques était le résultat d'une expulsion continue de gaz.

Edward de Vere, comte d'Oxford péta pendant qu'il prêtait serment à la reine Élisabeth I, et s'infligea pour cela lui-même un exil de sept ans.

De plus, si on en croit Wikipedia : "Le pet a fait l'objet de nombreuses études scientifiques. Les scientifiques semblent même lui porter un intérêt tout particulier. Par exemple, le Prix Ig Nobel de biologie a été attribué en 1994 à W. Brian Sweeney, Brian Krafte-Jacobs, Jeffrey W. Britton, et Wayne Hansen, pour leur étude sur la prédominance de soldats constipés dans les troupes déployées par les États-Unis, et particulièrement pour leur analyse numérique de la fréquence des mouvements d'entrailles."


Je sais aussi que je réagis avec un certain retard, puisque L'art de péter se trouvait parmi les dix livres les plus vendus en France quelques jours avant Noël. Mais voilà, les éditeurs français mettent toujours un temps fou à atteindre les libraires québécois.

Ce retard me permet d'émettre une petite réserve (non émise en France) quant à ce livre. Bien que fort amusant, L'art de péter demeure trop "scolaire". Son ton didactique et froid nous fait parfois perdre de vue l'humour de chaque page. Que le texte fut rédigé et publié en plein siècle des Lumières y est certes pour beaucoup. On n'écrivait pas n'importe comment à l'époque ! Il demeure qu'il faut être préparé à lire un essai écrit de la sorte.


Pierre Thomas Nicolas Hurtaut, L'art de péter, éd Payot, 2006, ISBN 2228901148

© L'île déserte de Louis

vendredi, 19 janvier 2007

Petit cours d'autodéfense intellectuelle par Normand Baillargeon

medium_Autodefense_intellectuelle.jpgEssai de 300 pages fort bien fait, Petit cours d'autodéfense intellectuelle (Normand Baillargeon) dénonce habilement et avec humour les manipulations quotidiennes dont nous sommes victimes. Médias, publicités et statistiques, les plus grands illusionnistes de l'information voient un à un leur mécanisme démonté.

Le "méchant" numéro un reste le langage lui-même, ou plutôt l'emploi que certains en font afin de nous faire gober n'importe quoi. Pour preuve, voici un petit exemple qu'utilise Ballairgeon (il s'agit d'un texte rédigé en 1988, puis mis sur internet bien des années plus tard) :

Le tueur invisible

Le monoxyde de dihydrogène est sans couleur, sans odeur et sans saveur et il tue des milliers de personnes chaque année. La plupart de ces morts sont causées par une ingestion accidentelle. Une exposition prolongée à sa forme solide peut causer de sérieux dommages à l'organisme.

Le monoxyde dihydrogèné :

- Contribue à l'effet de serre
- A été retrouvé dans les tumeurs extraites à des patients cancéreux
- Est utilisé dans les centrales nucléaires
- Est utilisé dans la diffusion de pesticides
- Sert comme additif dans certains aliments de restauration rapide

Le gouvernement a refusé de bannir la production, la distribution ou l'utilisation de ce nuisible produit chimique, alléguant son "importance dans la santé économique de notre pays".


Alors, où se trouve le mensonge ? Il n'y a en pas... La manipulation vient ici de nos lacunes (probables) scientifiques, car le "monoxyde de dihydrogène" est surtout connu sous un autre mot : eau !

Outre le langage, Baillargeon s'emploie à simplifier le monde des statistiques. L'adage dit que l'on peut tout faire dire aux chiffres, il suffit de savoir s'y prendre. Rien de plus vrai. L'auteur consacre ainsi une cinquantaine de page à démystifier les mathématiques et les probabilités. Rien de très complexe. Je m'y suis retrouvé facilement, et ce, malgré mon dégoût des mathématiques.

Aux moyens de dizaines d'exemples, de graphiques et d'évènements tirés de l'actualité de la réalité, Normand Baillargeon rend son Petit cours d'autodéfense intellectuelle accessible pour tous et, plus important encore, fort intéressant à lire.

Pour en connaître davantage sur cet essai, cous trouverez ici une entrevue audio réalisé par Marie-France Bazo pour Radio-Canada et, ici, une brève critique du Monde diplomatique.

Normand Baillargeon, Petit cours d'autodéfense intellectuelle, éd. LUX, 2005, 340 pages, ISBN 2895960062.

© L'île déserte de Louis

lundi, 20 novembre 2006

Le livre des citations

medium_cahier_de_citations.jpgJ'ai chez moi un petit cahier à la couverture rigide noire et rouge. J'y inscrit depuis quelques années des passages des romans qui m'ont touché. Certains auteurs s'y retrouvent plusieurs fois (Iltano Clavino, Borges, Camus, Carlos Ruis Zafon, Romain Gary, Nothomb et Rushdie) alors que d'autres n'auront sans doute jamais l'honneur d'y figurer. Parfois simples, parfois complexes, parfois amusantes, ces citations me rapellent sans cesse que le génie relève parfois de bien peu de choses.

- L'idée qu'un texte peut être définitif relève de la religion ou de la fatigue (Borges).

- Les endroits où l'homme place son honneur, c'est incroyable... les couilles devraient pousser sur la tête, comme une couronne (R. Gary).

- Les souvenirs ne peuvent que changer le passer le moins intéressant (Julio Cortazar).

- Mieux vaudrait apprendre à faire l'amour correctement plutôt que de s'abrutir sur un livre d'histoire (Boris Vian).

- Chacun tire de chaque livre le livre qui lui convient (Italo Calvino).

- La superstition a toujours guidé les actes à l'absence de savoir (Isaac Asimov).

- Nous vivons tellement dans la peur que cela nous rassure de désigner l'ennemi et puis, si nous ne pouvons pas deviner, nous l'inventons (Gil Courtemanche).

- La solitude à deux est l'enfer consenti (M. Houellebecq).

-Les gens se dépêchent de juger pour ne pas l'être eux-mêmes (A. Camus).

- Ce n'est pas la distance qui mesure l'éloignement (Saint-Exupéry).

Qu'est-ce qui nous pousse à retransrire les idées des autres ? Peut-être la justesse de leurs mots, ou peut-être la jalousie de ne pas être celui qui les a écrit, ou peut-être aussi les deux.

© L'île déserte de Louis

vendredi, 03 novembre 2006

Le jour des corneilles par Jean-François Beauchemin

medium_Le_jour_des_corneilles.jpgSuite à l’assassinat de son père, le fils Courge comparaît devant la justice. Élevé seul dans les bois en compagnie de son père, il explique à un invisible juge l’étrange relation qui l’unissait à son unique parent. Long monologue d’un personnage asociale, le récit nous fait peu à peu découvrir l’étendue de la carence affective du fils. Mais surtout, il s’agit d’une oeuvre dont le vocabulaire inventif, les archaïsmes, les contre-sens et les néologismes font de la langue un personnage à part entière. Petit retour sur un grand roman...

Avec Le jour des corneilles, Jean-François Beauchemin nous offre un récit à la fois noir et envoûtant qui peut sans conteste être qualifié de surprise littéraire de l’année 2004. Et cette surprise a reçu de nombreux prix depuis sa publication, dont le prix France-Québec attribué lors du Salon du livre de Paris.

Dès les premières pages on découvre un livre écrit dans une langue unique qui rappelle parfois la créativité de Rabelais ou encore celle de Queneau. L'inventivité lexical et la liberté syntaxique donnent un certain relief au texte qui glisse à plusieurs reprises vers la poésie. Plutôt que de tomber dans l'analyse, je préfère retranscrire deux courts extraits qui illustrent très bien la plume unique de Beauchemin :

Combien de fois fus-je houspillé, affamé, appendu, enseveli, livré à termitière ou établi sur guêpière, enduit de miellée puis offert à fourmis, ficelé à branchotte puis donné pour pâture à chenillette et quasiment noyé sous l’étang ? (p.17)

Lors même que le malheur s'abat sur nous comme grêlons, voici que brille en nos ventres une joie, courtaude et ténue, mais pourtant suffisante pour pardonner au sort ses rudesses ! Phénomènes de fortune ! Miracle du monde ! Chef-d'oeuvre du ventre ! (p.66)

Pour ce qui est de l'ambiance de l'histoire, je suis bien d'accord avec Malice lorsqu'elle fait un rapprochement avec l'univers de Tim Burton et celui de Süskind. À la noirceur du récit s'oppose la lumière du style. Cliché que tout ça, je sais bien. Mais un excellent cliché quand même !

Jean-François Beauchemin, Le jour des corneilles, éd. Les Allusifs, 2004, 153 pages, ISBN 2922868257.

© L'île déserte de Louis

lundi, 16 octobre 2006

Pamukalie, pays fabuleux par Eugène

medium_Pamukalie.jpgSuite au décès (partiel) de ma bibliothèque, j'ai cru bon de repartir du bon pied en me procurant un guide de voyage des plus uniques : Pamukalie, pays fabuleux : vrai guide d'un pays surréel. Qu'est-ce que pourrait serait-ce est la Pamukalie (allez donc trouver le temps de verbe convenable) ? Réponse : une nation imaginaire coincée entre le Turquie et la Syrie qui ne demande, bien entendu, qu'à exister.

Publié en 2003, le bouquin est fascinant tant l'auteur (un certain Eugène... pseudonyme ?) pense aux moindres détails : carte géographique, photos, adresses (restaurants sympathiques, musées, bars branchés, hôtels, salons de thé), etc. Le plus amusant reste le texte lui-même, cela va de soi. Pamukalie, pays fabuleux s'évertue à créer un monde exotique tel que le présenterait n'importe quel guide voyage. On commence avec l'histoire farfelue de la jeune indépendance de la Pamukalie (le pays est libre depuis à peine quelques années, mais le tout est demeuré peu connu puisque la révolution a eu lieu le 11 septembre 2001) pour ensuite découvrir la ville bazar de Pahar (dont les rues sont constituées de boutiques montées sur roulettes) et plonger au coeur d'un imaginaire sans fin. On se croirait parfois à la croisée de L'histoire sans fin (Micheal Ende), des Villes invisibles (Italo Clavino) et de la pensée éclatée de George Perec.

Petit extrait :

Poids et mesures

En 1865, le grand sultan Nüüs décida de remplacer les quarante-quatre systèmes métriques en vigueur dans son sultanat pour imposer une unité de mesure unique : son pied. Hélas, tout se compliqua, car il avait une jambe de bois. De plus, il détestait qu'on lui rappelât. Donc, les savants prirent les deux unités de longueur son broncher. Par ailleurs, comble de malchance pour les futurs visiteurs de la Pamukalie, lorsque Nüüs convoqua sont ministre afin qu'il mesurât sa pointure, il tombe au douzième pas. personne n'osa rire ou émettre une opposition. Si bien que le système métrique pamukal est le nüüs, composé d'un pas de 32 centimètres, alternant avec une jambe de bois de 12 centimètres de diamètres. Mais, au bout de ces douze unités alternées, on ajoute 1,67 mètre, c'est-à-dire la hauteur du sultan étalé sur les pavé. (p.64-65).

Ce livre est si bien fait qu'on le retrouve généralement sous le rayon guide de voyage !

Et même si ce genre d'oeuvre ne vous intéresse pas, je vous conseille d'aller visiter ce site portant sur la Pamukalie. Vous y trouverez, entre autres, une véritable vidéo fictive offrant quelque images de l'indépendance du pays. Le site contient aussi plusieurs chansons traditionnelles (dont Noël à Kibrit et la familière Joss Funes Süüng ). En fait, on retrouve même une entrée "Pamukalie" sur Wikipedia ! Et pour ceux qui songeraient effectuer un voyage en Pamukalie, le blog Les kroniks de minuit moins le quart nous renseigne sur les évènements quotidiens du pays.

Eugène, Pamukalie, pays fabuleux, éd Autrement, 2003, 207 pages, ISBN 2746703963.

© L'île déserte de Louis

mardi, 19 septembre 2006

9 fois 9 choses que l'on dit de Mogador par Alberto Ruy-Sanchez

medium_9_fois_9_choses.jpgUne femme native de Mogador, Hassida, raconte sa ville à son amant qui ne la connaît pas... Mogador est la ville du désir, une ville où on y compte de neuf en neuf parce que le chiffre dix n'est pas aimé, une ville où la spirale l'emporte sur la ligne droite pendant que sur le corps de ses habitants est écrite l'histoire de toute leur vie.

Incroyable livre qu'est 9 fois 9 choses que l'on dit de Mogador. À la manière d'Italo Calvino, c'est à travers à peine 65 pages (!) que Alberto Ruy-Sanchez construit une ville imaginaire de sensualité et d'ivresse. Neuf courts chapitres, formés de neuf paragraphes, donnent naissance à une expérience littéraire unique. Je n'arrive pas à trouver les mots justes tant ce roman (?) m'a envoûté.

On dit qu'à Mogador les fenêtres dévorent l'air avec un appétit démesuré et qu'à l'intérieur des maisons tout ce ciel avalé se change jour et nuit en lumière; que le plaisir même prend savamment sa source dans cette lumière créée du désir dévorant. On dit aussi, quand une femme désire quelqu'un et que ce désir fait briller ses yeux, qu'elle "à de l'air dans le regard". (p.35)

On ne lit pas rapidement 9 fois 9 choses que l'on dit de Mogador. L’œuvre demande que l'on prenne notre temps. Aucun ordre véritable ne régit ce livre. Chaque chapitre peut être lu indépendamment des autres. Ainsi, le titre de ces chapitres laisse deviner toute la sensualité mystérieuse du livre : De la spirale et de ce qui s'ensuit, De la lumière mogadorienne, De la musique élémentaire, Des bibliothèques et de ceux qui les hantent, etc.

Je me retiens de ne pas copier l'oeuvre dans sa totalité tant je souhaite partager mon plaisir avec le plus de gens possible. 9 fois 9 choses sur Mogador est un petit bijou dont on ne peut se lasser.

Alberto Ruy-Sanchez, 9 fois 9 choses que l'on dit de Mogador [trad. de l'espagnol par Gabriel Iaculli], éd. Les Allusifs, 2006, 65 pages, ISBN 2922868400.

© L'île déserte de Louis

samedi, 09 septembre 2006

Le diable par la queue, Fausse balle et théâtre par Paul Auster

medium_Diable.jpgIl y a parfois des livres dont la simple existence nous surprend. Non pas parce que leur histoire paraît unique ou révoltante, mais simplement parce que nous pensions qu'ils ne s'imprimaient plus. C'est le cas de cette surprenante version du Diable par la queue de Paul Auster... bouquin enrichi de quatre oeuvres de jeunesse, soit trois pièces de théâtre inédites et un roman policier publié une seule fois en 1982.

Mais commençons par Le diable par la queue, un essai autobiographique fort amusant qui s'attarde aux années de galère et de vache maigre qu'aura connu Paul Auster. L'auteur s'attarde particulièrement sur ses nombreux problèmes d'argent et son obstination avec laquelle il cherche à en gagner... quitte à créer un jeu de cartes qui "simule une partie de base-ball telle qu'elle se déroule sur le terrain" (jeu inclus dans le livre) ou encore à écrire un roman policier, Fausse balle (qu'il signe Paul Benjamin), que l'on retrouve aussi dans ce recueil.

Fausse balle , pour sa part, ne ressemble en rien aux autres oeuvres de Paul Auster. L'auteur l'admet lui-même, il ne s'agit là que d'une création alimentaire. Le polar se vendant toujours bien, Auster ne cherchait à l'époque qu'à créer un revenu qui lui permettrait de vivre. L'intrigue dU roman se résume assez simplement... Max Klein, détective privé, est un jour sollicité par George Chapman, ancienne vedette de base-ball qui tente de se présenter aux élections sénatoriales. Mais voilà, celui-ci a reçu une lettre anonyme l'exhortant à honorer un accord dont il ignore tout, et il demande à Klein d'enquêter. Bien vite, Chapman est retrouvé mort dans des circonstances qui ont tout du meurtre. Passage à tabac, bagarres, jolie fille... Fausse balle ne réinvente en rien l'art du polar. Il reste que les amateurs de Paul Auster apprécieront sans doute de découvrir un tout autre Auster que celui qu'il connaissait jusque là.

Pour ce qui est des trois pièces de théâtre (Laurel et Hardi vont au paradis, Cache-cache et Black out), on sent vraiment germer les thèmes qui deviendront plus tard centraux chez Paul Auster : le hasard, les labyrinthes... le tout mélangé à un fond d'existentialisme. J'ai bien aimé découvrir Auster le dramaturge, en particulier avec Laurel et hardi vont au paradis.

En somme, ce recueil s'adresse uniquement aux inconditionnels de Paul Auster. En effet, Le diable par la queue existe depuis lontemps en format poche, et Fausse balle est depuis peu accessible aussi en format poche. Ne reste plus que les trois pièces de théâtre, ce qui fait chèrement payé pour 90 pages... aussi excellentes soient-elles.

Suivant ma nouvelle habitude, je termine avec quelques adresses internet pertinentes, à commencer par le site officiel de Paul Auster, qui est mis à jour très régulièrement et contient quantité d'informations sur l'auteur et son oeuvre. Je vous suggère aussi le cahier lecture du New York Times qui offre la possibilité de lire les critiques de tous les livres de Paul Auster publiées par ce quotidien.

Paul Auster, Le diable par la queue, éd. Actes Sud, 1999, 175, ISBN 2742710310

© L'île déserte de Louis

vendredi, 01 septembre 2006

L'Histoire sans fin par Michael Ende

medium_Histoire_sans_fin.jpgJe voudrais bien savoir ce qui se passe réellement dans un livre, tant qu'il est fermé. Il n'y a là, bien sûr, que des lettres imprimées sur du papier et pourtant - il doit bien se passer quelque chose puisque, quand je l'ouvre, une histoire entière est là d'un seul coup. Il y a des personnages, que je ne connais pas encore, et il y a toutes les aventures, tous les exploits et les combats possibles. Tout cela est d'une façon ou d'une autre à l'intérieur du livre. Il faut le lire pour le vivre, c'est évident... (p.20)

Pour résumer L'Histoire sans fin de façon très lacunaire, disons que le récit se divise en deux grandes parties. La première raconte l'histoire de Bastian, un jeune garçon de dix ans, gros, timide, sans ami et faible en classe de surcroît. Un jour, Bastian dérobe un livre ancien dont l'histoire est celle d'un pays fantastique, un pays fait d'elfes, de monstres et de licornes. Un pays, surtout, menacé par la destruction et rongé par un mal étrange contre lequel seul un jeune amérindien, Atréju, pourra trouver le remède. Les deux cent premières pages se concentrent principalement sur les aventures du jeune Atréju et son dragon blanc Fuchur... jusqu'à ce que Bastian entre ni plus ni moins dans le livre. Et c'est ainsi que le jeune garçon participera lui aussi à l'histoire. Muni d'un pouvoir unique au Pays fantastique, l'imagination, il devra affronter bien des dangers avant de retourner auprès de ceux qui l'aiment.

medium_Fuchur.jpg Je me souvenais du film qui, enfant, m'avait émerveillé. Les souvenirs qui m'en restaient demeuraient malheureusement incomplets et vagues : un dragon blanc au visage de chien, une sorte de gnome, Atreju et son cheval. Il n'empêche que le bonheur que j'avais alors éprouvé ne s'était jamais effacé de ma mémoire.

C'est donc avec surprise que je suis tombé sur cette réédition de L'Histoire sans fin. Il ne m'aura fallu que quelques pages pour que je redécouvre l'incroyable magie que contient ce livre. Voilà très longtemps que je n'avais pas autant apprécié un roman. En fait, je pourrais écrire que voilà très longtemps que je n'avais pas "vécu un roman" tant je me suis laissé emporter par ses cinq cent pages.

L'Histoire sans fin est de la même trempe que Harry Potter et Les chroniques de Narnia. L'auteur nous convie à une histoire de fées et de princesse racontée pour les "grands enfants". Cette histoire est-elle vraiment sans fin? Pour répondre à la question, j'emprunterai le voix de J.M.G Le Clézio en écrivant: "Les vraies vies n'ont pas de fin. Les vrais livres n'ont pas de fin".

Pour une critique plus riche, vous pouvez toujours consulter cet extrait tiré du New York Times de novembre 1983 (en anglais). Et, pour les nostalgiques, il est toujours possible de regarder la bande annonce du film de Wolfgang Petersen.

Michael Ende, L'Histoire sans fin [trad. de l'allemand par Dominque Autrand], éd. Le livre de poche, 1984 (pour la traduction), 500 pages, ISBN 225303598x.

© L'île déserte de Louis

Toutes les notes