lundi, 11 juin 2007

Paroles par Jacques Prévert

medium_Paroles.jpg Je n'ai jamais véritablement aimé la poésie. Chaque fois que je tombe sur un poème, je trouve que l'auteur en fait trop : trop de sentiments, trop de figures de style, trop de mots évocateurs, trop de tout. Pour être vraie, la beauté doit être simple. Et voilà peut-être pourquoi j'aime Prévert.

Jacques Prévert est sans conteste le poète français du XXe siècle le plus lu. Depuis sa parution en 1946, Paroles (son tout premier recueil) s'est vendu à plus de trois millions de copies. Contestataire sans être révolutionnaire, amoureux mais pas gigolo, intellectuel et défenseur du simple travailleur, Prévert parle de sa vie lorsqu'il parle de la vie. Il fait rire afin de faire réfléchir. Pour lui, aucun sujet n'est tabou, Dieu lui-même a droit à son apostrophe :

Notre Père qui êtes aux cieux
Restez-y
Et nous resterons sur la terre
Qui est quelque fois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité


(Pater Noster, p.58)


Jacques Prévert se savoure. Il ne faut pas tenter de l'avaler en une seule bouchée. Vouloir lire Paroles d'une couverture à l'autre en une seule journée vous donnera une indigestion littéraire, c'est garanti. Après tout, on ne peut pas devenir amoureux et se marier la même journée. Quoique...

Certains disent de Prévert qu'il ne fut jamais un "vrai" poète. Sa trop grande liberté d'écriture se rapproche parfois du roman, je l'admets. Aussi, plusieurs poèmes comportent très peu de rimes et contiennent des vers de longueurs inégales, c'est vrai. Et alors ? Le titre de son recueil dit tout : Paroles. Ce n'est pas "Alexandrins" ni "Césure à l'hémistiche". Non ?

Jacques Prévert, Paroles, éd Gallimard, Coll. Folio, 2006, 251 pages, ISBN 2070367622.

© L'île déserte de Louis

Commentaires

Paris at night

Trois allumettes une à une allumées dans la nuit
La première pour voir ton visage tout entier
La seconde pour voir tes yeux
La dernière pour voir ta bouche
Et l'obscurité toute entière pour me rappeler tout cela
En te serrant dans mes bras.

Reste mon préféré... Prévert est aussi mis de coté pour son absence d'engagement dans ses écrits, ce qui est bien dommage. Pourquoi le XXe siècle ne voit-il pas la beauté et la valeur des mots dans la simplicité ?

Ecrit par : Praline | samedi, 16 juin 2007

Barbara

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.


Moi, c'est celui-là mon préféré de Prévert : je le trouve beau et poignant. (Louis, si tu trouves ce commentaire-poème trop long, je ne t'en voudrais pas de réduire le poème...)

Ecrit par : BlueGrey | lundi, 18 juin 2007

Je voulais aussi ajouter, pour répondre à Praline, que bien que Prévert soit surtout connu pour ces textes gentillets qu'on fait apprendre aux enfants à l'école ("Pour faire le portrait d'un oiseau" par exemple) il a aussi écrit des textes engagés dans lesquels il parle de guerre ("Complainte du fusillé", "Le Ministre de la guerre"), de la condition ouvrière ("Le temps perdu"), du racisme ("Etranges étrangers"), etc.

La guerre déclarée
j'ai pris mon courage
à deux mains
et je l'ai étranglé.

Ecrit par : BlueGrey | lundi, 18 juin 2007

@ Bluegray : Parce que Prévert est une force de la vie, et que la vie est faite du plus beau comme du plus horrible, il m'apparaît normal qu'il écrive tant sur les horreurs de ce monde que sur ce qui le rend si beau.

Ecrit par : Louis | mardi, 19 juin 2007

Tous les ecrivains sont presque egaux dans les ecritures mais mon objectif etait de lire toute l'ouvre "parole" de prevet seulement que je suis completement desole a plustard

Ecrit par : Elisabeth | samedi, 15 septembre 2007

Apres avoir lu tous les oeuvres poetiques j'ai trouvé en parole de prevert une incarnation incontestable de figure de style et la grande beauté de la poésie

Ecrit par : jamele | samedi, 27 octobre 2007

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