mercredi, 04 avril 2007

Le dictateur et le hamac par Daniel Pennac

medium_Le_dictateur_et_le_hamac.jpgVous connaissez Manuel Pereira de Ponte Martins ? Non ? Normal, il n’existe pas. Il s’agit du dictateur agoraphobe inventé par Daniel Pennac dans son dernier roman, une capiteuse fiction de quelque quatre cents pages sur l’illusion du pouvoir et la réalité de l’imagination… Quelques mots sur l’histoire. Un jour, Manuel Pereira de Ponte Martins, sorte de synthèse parfaite de tous les dictateurs qui hantent l’histoire humaine, se met à désirer un objet impossible et monstrueux : le pouvoir. Mais pour s’assurer le pouvoir sur le pouvoir, il se trouve rapidement dans l’obligation de se faire remplacer par un sosie… Vous devinez peut-être la suite ? Le sosie lui ressemble tellement qu’il en vient, lui aussi (et comme par hasard) à exprimer le même désir : s’assurer le pouvoir en le contrôlant depuis l’illusion de lui-même, son double, le sosie. Étrange, non ? Au regard de la tournure d’esprit plutôt déviante de nombreux dictateurs, pas vraiment. Quelques noms de méchants à moustache ayant récemment utilisé des sosies vous sont peut-être d’ailleurs déjà venus à l’esprit… (Résumé de la Fnac)

Que dire de ce roman, sinon que je l'ai tout simplement adoré ! Après des années à étirer la sauce des aventures de Malaussène, Pennac nous offre du nouveau, du vrai nouveau : Le dictateur et le hamac. Nous quittons Paris et Belleville pour nous retrouver plongés en plein Brésil des années 1920... un Brésil rêvé par un auteur rêvant dans son hamac.

Vous l'aurez compris, Pennac sort des sentiers battus avec Le dictateur et le hamac. À tout le moins, il sort de ses sentiers battus, car, à la lecture des premières pages, nous avons l'impression de présences familières : Borges (Fictions), Queneau (Les fleurs bleues), Calvino (Les villes invisibles)... Puis, nous plongeons dans les années 1920 et nous voyons le dictateur Manuel Pereira tomber peu à peu sous le charme du cinéma muet. Au détour, nous croisons Charlie Chaplin et assistons à quelques tours de magie dans lesquels l'illusion n'est pas nécessairement là où on la croit être.

Si vous êtes amateurs de vieux films en noir et blanc ou encore de cinéma muet, vous devez lire Le dictateur et le hamac. Bien plus qu'une métaphore sur l'immuable continuité du pouvoir, ce roman en est un sur le plaisir de lire et d'imaginer des vies possibles.

Extrait :

Aux yeux du lecteur, les personnages ne « naissent » pas, ils existent dès leur apparition dans le texte. Pas de naissance, pas de croissance, pas d'apprentissage, une seule mission : être là d'entrée de jeu. Ils peuvent s'épaissir au fil des pages, bien sûr ; mais d'abord : « être là ». Or, un personnage n'est vraiment là que s'il échappe à la péripétie qui a rendu son apparition nécessaire, à la fonction qui prétende le définir, en un mot aux ficelles que l'auteur croit tirer.


Roman tiroirs, fable extravagante, anti-roman, hommage brillant à Charlie Chaplin, les mots me manquent pour décrire ce roman tant il est à la fois complexe et réussi!

Daniel Pennac, Le dictateur et le hamac, éd Gallimard, coll. Folio, 2005, 410 pages, ISBN 2070307050.

© L'île déserte de Louis

Commentaires

Je l'ai lu il y a bientôt deux ans mais j'en garde un souvenir très précis. Un vrai régal. :)
A ce propos, je viens de lire "Merci" dont l'écriture a été déclenché en rédigeant la page des remerciements du "dictateur et le hamac". Ce texte est un vrai petit bijou d'humour caustique.

Ecrit par : Laurence | jeudi, 05 avril 2007

@ Laurence : Je sais !

Ecrit par : Louis | jeudi, 05 avril 2007

JE le regarde depuis longtemps celui-là, disons que t viens de me décider pour de bon...

Ecrit par : yueyin | mardi, 08 mai 2007

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