mercredi, 28 février 2007
Je suis une légende par Richard Matheson
Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l'abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil... (Quatrième de couverture)
Il faut l'admettre, on a vu mieux en matière de résumé. Tu parles d'une histoire ! Des vampires qui mangent des gens ! Encore un truc pour adolescents prépubères qui ne connaissent rien au trente dernières années du cinéma d'horreur. Avec un telle quatrième de couverture, c'est à se demander si les éditions Gallimard souhaitent vraiment vendre ce livre. Et pourtant...
Je suis une légende réserve plusieurs excellentes surprises. Écrit en 1954, soit en plein âge d'or de la science-fiction, le roman de Matheson raconte le quotidien de Robert Neville, le dernier homme qui n'ait pas encore succombé à la maladie. Ce dernier tient tête durant des mois à la population, à ses voisins et ses anciens amis devenus depuis des vampires. Barricadé comme il le pleut dans sa maison, il passe ses nuits ivre à écouter de la musique classique afin de ne pas entendre ses anciens amis l'appeler à les rejoindre. Au moyen d'un journal intime, Neville nous communique ses peurs et ses angoisses.
Là où Matheson fait preuve d'originalité est dans le comportement des vampires. Ainsi, alors que ceux-ci semblent agir tels de zombis en début d'histoire, nous constatons peu à peu qu'ils se regroupent en communauté et s'organisent pour construire les bases d'une nouvelle société. Seront-ils l'avenir et Robert Neville un anachronisme du passé ? Les monstres d'hier peuvent-ils devenir les "normaux" de demain ?
Pour la petite histoire, Richard Matheson a écrit plusieurs scénario des séries télés et de films, dont entre autres L'homme qui rétrécit (1957), Duel (1971... réalisé par Spielberg), Au-delà de nos rêves (1998... avec Robin Williams) ainsi que plusieurs épisodes de La Quatrième Dimension et Star Trek.
Et, tient donc, un film tiré de Je suis une légende devrait sortir cette année (novembre 2007). Au générique, nous retrouvons quelques grosses pointures, dont Will Smith (dans le rôle de Robert Neville) et Johnny Depp (un vampire...).
Richard Matheson, Je suis une légende, éd. Gallimard, coll. Folio SF, 2001, ISBN 2070418073.
© L'île déserte de Louis
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lundi, 26 février 2007
Histoires extraordinaires par Edgar Allan Poe
Voilà une femme étranglée par la force des mains, et introduite dans une cheminée, la tête en bas. Des assassins ordinaires n'emploient pas de pareils procédés pour tuer. Encore moins cachent-ils ainsi les cadavres de leurs victimes. Dans cette façon de fourrer le corps dans la cheminée, vous admettrez qu'il y a quelque chose d'excessif et de bizarre, - quelque chose d'absolument inconciliable avec tout ce que nous connaissons en général des actions humaines, même en supposant que les auteurs fussent les plus pervertis des hommes. (Quatrième de couverture)
Voici un classique de la littérature américaine qui fascine depuis plus de 150 ans des hordes de lecteurs. Histoires extraordinaires de Edgar Allan Poe est de ces recueils qu'on lit d'une couverture à l'autre en un clin d’œil. Étrange lorsqu'on sait que l'auteur ne connut qu'un succès mitigé de son vivant. Pauvre, brisé par le chagrin de la mort de jeune femme, il mourut de la rage (et non pas d'alcoolisme, comme plusieurs le prétendent) dans la totale indifférence. Voilà pour la petite histoire.
Traduit par nul autre que Charles Baudelaire (ce qui n'est pas rien), et préfacé par Julio Cortázar (ce qui n'est pas rien non plus), Histoires extraordinaires contient les tous premiers récits policiers de l'histoire de la littérature. Bien avant Agatha Christie et bien avant l'apparition de Sherlock Holmes, Poe aura mis au monde un nouveau genre littéraire. Meurtres et vols doivent ainsi être résolus par la grande intelligence d'un détective perspicace. Si certaines conclusion n'impressionnent guère (Double assassinat dans la rue Morgue), d'autres ne paraissent fort originales (La lettre volée) pour l'époque de leur écriture (1835-1845).
Poe est aussi passé maître dans l'art de créer des ambiances sombres et gothiques. Dans ses Histoires extraordinaires, le jour apparaît très rarement. L'astre lumineux fait plutôt place à la lune, lorsque cette dernière n'est pas cachée par de "sombres et épais nuages". Au pays des ombres et des bruits inquiétants, les personnages vivent dans une incertitude constante où manifestations du passé et spectres semblent se dissimuler quelque part dans la noirceur de décors.
Pour les plus observateurs, vous aurez peut-être remarqué que la culture américaine est encore imprégnée de l'influence de Poe. Ainsi, Les Simpsons ont consacré pas moins de trois épisodes à son oeuvres (William Wilson, Le cœur révélateur et Le poème Le corbeau... de loin le plus étrange épisode des Simpsons). Et, toujours au sujet de l'énigmatique univers de la culture américaine, vous serez heureux d'apprendre qu'un film à grand budget sur la vie de Poe sera sur nos écrans en décembre 2007. Le tout est présentement tourné par un certain... Sylvester Stallone !
Edgar Allan Poe, Histoires extraordinaires [trad. de l'anglais par Charles Baudelaire], éd. Gallimard, coll. Folio classique, 2005, 420 pages, ISBN 2070413594.
© L'île déserte de Louis
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vendredi, 16 février 2007
L'affaire homme par Romain Gary
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L'Affaire homme réunit pour la première fois en un volume de nombreux textes de Romain Gary publiés entre 1957 – époque des Racines du ciel – et 1980, l'année de sa mort. Certains de ces textes, inconnus du public français, sont traduits de l'anglais. Il ne s'agit pas de textes de fiction, mais de prises de position, de commentaires, de réflexions et d'analyses ayant pour objet la société, l'homme, la femme, le monde comme il va – et bien souvent comme il ne va pas du tout. Gary, de fait, ne se contentait pas de s'exprimer publiquement par le biais de l'écriture romanesque ou du cinéma. Présent dans la presse française et américaine, constamment interviewé, sollicité, préfacier de lui-même parfois, des autres occasionnellement, Gary n'a pas cessé de réagir aux événements de son siècle en manifestant à chaque fois son attachement à ce principe exposé par lui au début des années 50. (Quatrième de couverture)
Romain Gary surprend toujours. Alors qu'on croit bien connaître ses œuvres, nous en découvrons une nouvelle, différente des précédentes. Que l'on songe à Les racines du ciel, Au-delà de cette limite..., L'homme à la colombe (signé Fosco Sinibaldi) ou La vie devant soi (signé Émile Ajar), sa plume crée sans cesse des romans d'une rare beauté.
Avec la publication de L'affaire homme, les éditions Gallimard marquent le 25e anniversaire de la mort de Romain Gary. La sortie d'un tel recueil donne d'abord l'impression d'un coup mercantile :" Ça fait 25 ans, il faut en profiter pour vendre quelque chose... n'importe quoi". Rassurez-vous, L'affaire homme est une oeuvre fort intéressante et bien remplie. Dès lors, sa publication me semble très justifiée. On y découvre Romain Gary l'essayiste, l'homme derrière l'auteur. Si certains de ses textes abordent son œuvre fictionnelle (La marge humaine, La marge humaine), plusieurs touchent des préoccupations aujourd'hui actuelle (De combien d'avertissements avons-nous besoins... une mise en garde écologique qui aurait pu être écrite en 2007). À cela s'ajoute quelques réflexions politiques, en particulier sur les nombreuses faiblesses de l'ONU.
J'ai cependant été très surpris de découvrir un Romain Gary misogyne... ou à tout le moins très conservateur sur la "question" du rôle de la femme :
La notion sommaire et grossière d'égalité des sexes, telle qu'on la conçoit aujourd'hui, est d'une telle absurdité qu'elle crée plus de cas d'homosexualité, de frigidité et d'impuissance que toute autre cause de la psychiatrie [...] Autrement dit, la femme assume le rôle de l'homme dans la société et le foyer. Ce rôle contre nature de la mère est souvent cause d'homosexualité chez les enfants, ce qui explique probablement pourquoi l'homosexualité et la frigidité sont de nos jours des maladies qui se propagent. (p.82-83)
J'ai cherché dans ces lignes, et celles qui les suivent, l'indice d'une quelconque ironie, mais en vain. Enfin...
J'encourage malgré tout les admirateurs de Gary à lire ce recueil d'essais. La concision de ses textes (généralement moins de cinq pages) et la force de ses arguments en font un incontournable auteur.
Romain Gary, L'affaire homme, éd. Gallimard, coll. Folio, 2005, 256 pages, ISBN 207030759X.
© L'île déserte de Louis
09:35 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
jeudi, 08 février 2007
L'art de péter par Pierre Thomas Nicolas Hurtaut
Qu'est-ce que l'art ? Question combien complexe qui, depuis la nuit des temps, fut au coeur de nombreux et houleux débats. Forme d'expression à la fois personnelle et collective, l'art se transforme et s'adapte au fil du temps. L'art reflète toujours l'époque de laquelle il est issu. Il arrive cependant qu'une forme d'expression survive aux siècles. Prenons pour exemple cet étrange essai datant de 1751 : L'art de péter par un certain Pierre Thomas Nicolas Hurtaut.
Éducatif et rogilo, ce livre nous apprend, entre autres, qu'être esclave du préjugé peut coûter cher. Par exemple, une femme qui, par coquetterie, n'avait plus pété depuis douze ans (!!!), est morte de s'être trop retenue... J'en conviens, nous voilà à mille lieux de L'art d'aimer (Ovide) ou encore L'art de la guerre (Sun Tzu). Du même souffle, je vous demande, qu’est-ce qui est le plus utile à une société qui veut vivre paisiblement : un essai sur la guerre ou un essai sur les pets ? Démagogie que tout cela, je sais...
Quelques anecdotes :
Selon Aristophane, Socrate formula l'hypothèse que le vrombissement des moustiques était le résultat d'une expulsion continue de gaz.
Edward de Vere, comte d'Oxford péta pendant qu'il prêtait serment à la reine Élisabeth I, et s'infligea pour cela lui-même un exil de sept ans.
De plus, si on en croit Wikipedia : "Le pet a fait l'objet de nombreuses études scientifiques. Les scientifiques semblent même lui porter un intérêt tout particulier. Par exemple, le Prix Ig Nobel de biologie a été attribué en 1994 à W. Brian Sweeney, Brian Krafte-Jacobs, Jeffrey W. Britton, et Wayne Hansen, pour leur étude sur la prédominance de soldats constipés dans les troupes déployées par les États-Unis, et particulièrement pour leur analyse numérique de la fréquence des mouvements d'entrailles."
Je sais aussi que je réagis avec un certain retard, puisque L'art de péter se trouvait parmi les dix livres les plus vendus en France quelques jours avant Noël. Mais voilà, les éditeurs français mettent toujours un temps fou à atteindre les libraires québécois.
Ce retard me permet d'émettre une petite réserve (non émise en France) quant à ce livre. Bien que fort amusant, L'art de péter demeure trop "scolaire". Son ton didactique et froid nous fait parfois perdre de vue l'humour de chaque page. Que le texte fut rédigé et publié en plein siècle des Lumières y est certes pour beaucoup. On n'écrivait pas n'importe comment à l'époque ! Il demeure qu'il faut être préparé à lire un essai écrit de la sorte.
Pierre Thomas Nicolas Hurtaut, L'art de péter, éd Payot, 2006, ISBN 2228901148
© L'île déserte de Louis
04:45 Publié dans Curiosités littéraires, Essais, Lectures au petit coin | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
vendredi, 02 février 2007
Le monde des A par E.A. Van Vogt
XXVIe siècle. Difficile de se faire une identité dans l'immensité anonyme de l'empire galactique... surtout quand on est amnésique... En fait, plutôt lorsqu'on se rend compte que personne ne nous reconnaît. Le matin même, Gilbert Gosseyn avait quitté Cress-Village, en Floride. À l'hôtel, il reconnaît un voisin et le salue. Ce simple geste fait basculer son univers quotidien. Ainsi, il apprend qu'il n'existe aucun Gilbert Gosseyn dans son petit village de Floride, et que sa femme Patricia, décédée un mois plus tôt, n'est pas morte et, qui plus est, n'a jamais été mariée !
Acec Le monde des A (publié en 1945), Alfred Elton Van Vogt signe un grand classique de la science-fiction. Aujourd'hui très peu lu, Van Vogt met à contribution une riche imagination au service d'une intrigue qui démarre dès les premières pages. Il est vrai que la première version de ce roman fut publiée sous forme de feuilleton, ce qui explique en partie le constant suspense du récit. Construit à la manière d'un roman policier, Le monde des A incorpore aussi plusieurs notions de philosophie et de sémantique générale. Nous ne sommes pas en plein cours de philosophie, rassurez-vous. Il reste que ces allusions nous permettent d'accepter comme possible le monde que Van Vogt invente.
Le monde des A est le roman le plus populaire de Van Vogt. Je l'ai relu plusieurs fois depuis que je l'ai découvert dans une librairie de livres usagés. Peut-être est-ce parce que j'adore les romans d'anticipation ? Toujours est-il que je ne peux lire ce roman sans me l'imaginer en film. Les actions, les rebondissements et l'intrigue générale sont si bien présentés que le roman s'adapterait facilement au grand écran.
E.A. Van Vogt, Le monde des A [trad. de l'anglais par Boris Vian], éd. J'ai lu, 2001, 308 pages, ISBN 2290312983.
© L'île déserte de Louis
05:30 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : SF

