vendredi, 26 janvier 2007

L'Écume des jours par Boris Vian

medium_L_Ecume_des_jours.jpg Chaque fois que je lis L'Écume des jours, je ne peux m'empêcher de ressentir de la jalousie envers Boris Vian. Ce roman est à ce point parfait que je ne parviens pas à croire qu'il fut l’œuvre d'un jeune homme de 26 ans ! Auteur mythique ignoré de son vivant, musicien, parolier, poète, acteur, Boris Vian fait partie de mes écrivains fétiches.

Petit résumé du roman : C'est un conte de l'époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, merveilleux et fantastique, féerique et déchirant. Dans cette oeuvre d'une modernité insolente, l'une des plus célèbres du XXe siècle et livre-culte depuis plus de trente ans, Duke Ellington croise le dessin animé, Sartre devient une marionnette burlesque, le cauchemar va jusqu'au bout du désespoir. Mais seules deux choses demeurent éternelles et triomphantes : le bonheur ineffable de l'amour absolu et la musique des noirs américains... (Quatrième de couverture)

L'Écume des jours, c'est une histoire d'amour entre Colin et Chloé vécue dans un monde merveilleux où l'on peut pêcher des anguilles dans notre lavabo, où des nénuphars poussent dans les poumons des jeunes filles et où des inventions aussi folles qu'un piano cocktail deviennent possibles. On rit de la philosophie de "Jean-Sol Parte". On danse sur la musique endiablée de Duke Ellington. On joue constamment avec les mots.

Recette de l'andouillon au porto :

Prenez un andouillon que vous écorcherez malgré ses cris. Gardez soigneusement la peau. Lardez l'andouillon de pattes de homards émincées et revenues à toute bride dans du beurre assez chaud. Poussez le feu, et, sur l'espace ainsi gagné, disposez à votre goût des rondelles de ris mitonné. Lorsque l'andouillon émet nu son grave, retirez prestement du feu et nappez de porto de qualité...


Au détour, Vian en profite pour dénoncer le règne de l'argent et la société matérialiste dont certains de ses amis sont victimes. Bien que tragique, la fin de L'Écume des jours n'atténue nullement la beauté du roman.

Pour ce qui est de Boris Vian sur internet, on y trouve une foule de sites abordant son oeuvre. Les plus remarquables sont, à mon avis, Le petit cahier du grand Boris Vian et Figures de style.

Boris Vian , L'Écume des jours, éd. Le livre de poche, 2005, 315 pages, ISBN 2253140872.

© L'île déserte de Louis

dimanche, 21 janvier 2007

La nuit des temps par René Barjavel

medium_La_nuit_des_temps.jpg Une expédition polaire découvre en Antarctique un signal provenant d'un émetteur enfoui sous des milliers de mètres de glace. Au moyen de relevés topographiques et d'analyses diverses, les membres de l'expédition en viennent à la conclusion que cet émetteur se trouve là depuis 900 000 ans. Impossible ! L'homme n'était à l'époque qu'un singe, et encore ! Impossibles ? Muent par la désir de comprendre, les gouvernements des plus grandes puissances mettent leurs énergies en commun pour atteindre cet émetteur et ainsi découvrir, à des profondeurs où l'homme ne s'était jamais encore aventurer sous les glaces, une civilisation gelée... et deux survivants (Éléa et Coban) de ce monde aussi vieux que la nuit des temps.

René Barjavel a écrit La nuit des temps à l'âge de 57 ans (1968), alors qu'une grande partie de sa production littéraire se trouvait déjà derrière. Le roman devait être au départ un scénario de film, mais, suite à l'abandon du projet, Barjaval transforma le tout en livre. Ce passage de l'écran au roman se sent d'ailleurs très fortement lors de la lecture de La nuit des temps. L'intrigue et les actions s'enchaînent rapidement, ce qui donne au récit au rythme constant et très prenant. Les personnages correspondent aussi aux stéréotypes de l'époque : les Américains sont arrogants, les Russes de possibles espions, les Chinois doutent de la sincérité des Américains et des Russes, les Français jouent les médiateurs, etc.

Au-delà de ces détails, l'intrigue en elle-même est très prenante, et ce, pour diverses raisons. Il y a d'abord l'aspect "guerre froide" qui traverse le récit des survivants du passé. Barjavel nous décrit un monde "idéal" où les hommes vivaient dans le bonheur et l'abondance, profitant d'une source d'énergie et de matière illimitée qui leur permet de parer à tous leurs besoins. Mais qui dit énergie sans fin, dit possibles utilisations militaires... L'affrontement entre deux puissances est-il inévitable lorsque ces dernières possèdent une telle force ? À cela s'ajoute une très belle histoire d'amour unissant Éléa à Païkan, tous deux destinés l'un à l'autre depuis leur naissance. Et c'est sans oublier l'histoire des personnages du présent, les chercheurs, qui tentent par tous les moyens de protéger les deux survivants de la convoitise des puissances mondiales.

J'ai adoré ce roman de science-fiction aux allures de Roméo et Juliette. Il y avait longtemps que je n'avais pas dévoré un roman aussi rapidement.

René Barjaval, La nuit des temps, éd. Popcket, 2005, 320 pages, ISBN 2266152424.

© L'île déserte de Louis

05:20 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : SF

vendredi, 19 janvier 2007

Petit cours d'autodéfense intellectuelle par Normand Baillargeon

medium_Autodefense_intellectuelle.jpgEssai de 300 pages fort bien fait, Petit cours d'autodéfense intellectuelle (Normand Baillargeon) dénonce habilement et avec humour les manipulations quotidiennes dont nous sommes victimes. Médias, publicités et statistiques, les plus grands illusionnistes de l'information voient un à un leur mécanisme démonté.

Le "méchant" numéro un reste le langage lui-même, ou plutôt l'emploi que certains en font afin de nous faire gober n'importe quoi. Pour preuve, voici un petit exemple qu'utilise Ballairgeon (il s'agit d'un texte rédigé en 1988, puis mis sur internet bien des années plus tard) :

Le tueur invisible

Le monoxyde de dihydrogène est sans couleur, sans odeur et sans saveur et il tue des milliers de personnes chaque année. La plupart de ces morts sont causées par une ingestion accidentelle. Une exposition prolongée à sa forme solide peut causer de sérieux dommages à l'organisme.

Le monoxyde dihydrogèné :

- Contribue à l'effet de serre
- A été retrouvé dans les tumeurs extraites à des patients cancéreux
- Est utilisé dans les centrales nucléaires
- Est utilisé dans la diffusion de pesticides
- Sert comme additif dans certains aliments de restauration rapide

Le gouvernement a refusé de bannir la production, la distribution ou l'utilisation de ce nuisible produit chimique, alléguant son "importance dans la santé économique de notre pays".


Alors, où se trouve le mensonge ? Il n'y a en pas... La manipulation vient ici de nos lacunes (probables) scientifiques, car le "monoxyde de dihydrogène" est surtout connu sous un autre mot : eau !

Outre le langage, Baillargeon s'emploie à simplifier le monde des statistiques. L'adage dit que l'on peut tout faire dire aux chiffres, il suffit de savoir s'y prendre. Rien de plus vrai. L'auteur consacre ainsi une cinquantaine de page à démystifier les mathématiques et les probabilités. Rien de très complexe. Je m'y suis retrouvé facilement, et ce, malgré mon dégoût des mathématiques.

Aux moyens de dizaines d'exemples, de graphiques et d'évènements tirés de l'actualité de la réalité, Normand Baillargeon rend son Petit cours d'autodéfense intellectuelle accessible pour tous et, plus important encore, fort intéressant à lire.

Pour en connaître davantage sur cet essai, cous trouverez ici une entrevue audio réalisé par Marie-France Bazo pour Radio-Canada et, ici, une brève critique du Monde diplomatique.

Normand Baillargeon, Petit cours d'autodéfense intellectuelle, éd. LUX, 2005, 340 pages, ISBN 2895960062.

© L'île déserte de Louis

mardi, 16 janvier 2007

Carnets de naufrage par Guillaume Vigneault

medium_Carnets_de_naufrage.jpg Quand Marlène le quitte, Alex sombre. Sans doute aurait-il préféré y rester. Mais, au lendemain du naufrage, il refait surface, parmi les êtres et les choses, dans un océan dont il ne reconnaît plus la houle étrange. Ni en fuite ni en quête, Alex est à la dérive; douce dérive qui l’emportera vers le Sud, vers un pays baigné par l’océan. (Quatrième de couverture)

Il y a de cela plusieursmois, j'écrivais sur ce blog que Guillaume Vigneault faisait dans le "roman pour hommes". La formule a fait rire bon nombre d'entre vous. Cette semaine, en relisant Carnets de naufrage, je n'ai pu m'empêcher de me faire la même réflexion : Guillaume Vigneault fait vraiment dans le "roman pour hommes".

Je ne dis pas que ce livre rebutera les femmes, au contraire. Les personnages de Vigneault sont à la fois beaux, bohèmes et un brin rebelles. Les premières lignes charmeront sans doute plusieurs d'entre vous...

Je suis rentré de Montréal sous un des ces orages apocalyptiques de juillet. Je roulais lentement, incapable de voir à plus de dix mètres de moi. J'ai fini par me ranger sur le côté de la route. Le moteur a aussitôt calé, l'eau ayant dû s'infiltrer quelque part dans le circuit électrique [...] J'ai enlevé ma chemise et je suis descendu de la voiture. La pluie était tiède, presque chaude. Je me suis étendu sur le capot, les yeux planté au ciel, ma cigarette trempée aux lèvres...


Il reste que ce que les personnages de Vigneault vivent, ce qu'ils disent et, surtout, la façon dont ils le disent font en sorte qu'on a l'impression de lire un ami proche. Bien que profondément sympathique et intelligent, son héros, Alex, agit parfois à homme de cro-magnon. Quelques canettes de bière, une bonne bagarre, des heures de mutisme borné... rien de bien glorieux. Et pourtant, il demeure attachant. Grâce à un meilleur ami tenancier de bar sur une île paradisiaque, un vieux loup du surf et une jolie fille, Alex nous raconte simplement de quelle façon il aura su passé à travers une peine d'amour. On est en plein clichés. J'en ai bien conscience. Mais il s'agit de clichés si bien écrits qu'on se laisse vite prendre par l'histoire.

Si vous désirez en savoir un peu plus sur Guillaume Vigneault, vous trouverez ici une entrevue faite lors de la sortie de Carnets de naufrage en France.

Guillaume Vigneault, Carnets de naufrage, éd. Boréal, coll. Boréal compact, 2001 [226], 266 pages, ISBN 2764601506.

© L'île déserte de Louis

dimanche, 07 janvier 2007

Le grand livre du petit coin par Sabine Bourgey et Alain Schneider

medium_Legrandlivredupetitcoin.jpg Il me faisait de l'oeil depuis deux semaines. Chaque fois que je me mettais le pied dans ma librairie favorite, il se trouvait là à m'attendre. Puis, il y a deux jours, j'ai craqué. Malgré le prix quelque peu élevé, je l'ai acheté : Le grand livre du petit coin!

Le quoi ? Le grand livre du petit coin... 420 pages de citations, d'articles, de chansons, de faits-divers, de curiosités de l'histoire et d'images (pubs, photos, films, peintures, etc.) qui, mis ensemble, forment une incroyable visite guidée des toilettes.

Quelques petits extraits :

Les Japonais souhaitant que l'on n'entende aucun bruit révélateur pendant qu'ils sont aux toilettes avaient tendance à tirer la chasse d'eau sans discontinuer. Pour résoudre ce gaspillage d'eau, les toilettes des lieux publics sont munies d'un petit bouton doté d'un haut-parleur placé à côté du siège qui déclenche un bruit de chasse d'eau. (p.32)

Magic John est la solution pour 25$ pour éviter bien des reproches à la gent masculine en mettant les mains dans leur pipi et éliminer les risques de germes : une pédale à installer en cinq minutes à côté de la cuvette faisant monter et descendre le siège. (p.172)

Durant l'année 2005, ont été consommés : 15 596,6 millions de rouleaux en Europe. (p.258)


Rien de bien sérieux en somme, je vous l'accorde. Et alors ? Pourquoi encombrer vos cabinets de magazines soporifiques ou de vieilles BD quand vous pouvez vous divertir et impressionner vos amis avec un tel livre ? En cas de panique de type "cadeau de dernière minute", vous ne trouverez pas mieux... si vous parvenez à le donner.

Sabine Bourgey et Alain Schneider, Le grand livre du petit coin, éd. Horay, coll. Cabinet de curiosités, 2006, 420 pages, ISBN 2705804358.

© L'île déserte de Louis

samedi, 06 janvier 2007

Lectures au petit coin

medium_bebe-toilette.jpg La nouvelle année amène son lot de changements. Pour ma part, je vous propose cette nouvelle catégorie : Lectures au petit coin. Son contenu ? Des livres dont le sujet principal est la lecture dite "de siège".

medium_lecturecabinet.2.jpgJe ne peux prédire si les titres qui vous y retrouverez seront nombreux. Il reste que je sentais le besoin de créer une catégorie pour un genre si peu reconnu. Alors, si vous avez des suggestions, n'hésitez pas à m'en faire part.

medium_Kitty_Reading_Newspaper.jpg


D'ici là, je vous propose ces quelques liens internet :

1. Au petit coin
2. Le guide de tous les WC du monde (!!!)
3. La communauté des toilettes


Bonnes lectures...

vendredi, 05 janvier 2007

Voyage au centre de la Terre par Jules Verne

medium_Voyage_au_centre_de_la_Terre.jpgDans la petite maison du vieux quartier de Hambourg où Axel, jeune homme assez timoré, travaille avec son oncle, l'irascible professeur Lidenbrock, géologue et minéralogiste, dont il aime la pupille, la charmante Graüben, l'ordre des choses est soudain bouleversé. Dans un vieux manuscrit, Lidenbrock trouve un cryptogramme. Arne Saknussemm, célèbre savant islandais du xvi siècle, y révèle que par la cheminée du cratère du Sneffels, volcan éteint d'Islande, il a pénétré jusqu'au centre de la Terre ! Lidenbrock s'enflamme aussitôt et part avec Axel pour l'Islande où, accompagnés du guide Hans, aussi flegmatique que son maître est bouillant, ils s'engouffrent dans les mystérieuses profondeurs du volcan... (Quatrième de couverture)

Il est indéniable que Jules Verne possédait une créativité littéraire hors normes. Plus je le lis, plus je découvre un auteur aussi curieux que talentueux. Lire l'un de ses romans, c'est se retrouver au coeur d'un savant mélange de données scientifiques, d'imagination audacieuse et d'aventures prenantes. De plus, écrit en plein essor de la paléontologie, Voyage au centre de la Terre accorde une place importante à cette science (cinq année auparavant, Darwin publiait son Origine des espèces).

Verne, je m'en rends compte alors que j'écris ces lignes, emploie la même "recette" que celle utilisée pour Le tour du monde en 80 jours : quelques personnages très archétypés (le héros flegmatique, son subalterne vif et curieux, quelques visages féminins effacés, etc.), une quête impossible (atteindre le centre de la Terre), une bonne dose d'invraisemblance (pratiquement tout le roman en fait) et de nombreux clichés. Je m'en voudrais aussi de passer sous silence les nombreuses phrases amusantes qui se veulent pourtant sérieuses. Je songe en particulier à : "En deux secondes et en trois phrases ma jolie Virlandaise était au courant de la situation" (p. 49). J'ai tenté à quelques reprises de dire trois phrases en deux secondes, mais, jusqu'à maintenant, toutes mes tentatives se sont soldées par un échec.

Ces quelques broutilles ne m'auront pas empêché pas de lire ce roman en moins de trois jours, car l'une des forces de Verne est l'attention qu'il porte à la description des choses et des lieux. Ainsi, la moindre grotte, la plus petite crevasse, l'évènement le plus insignifiant, tout devient réel, et, par le fait même, prenant. Pas étonnant que, plus de 150 ans après la publication de ce roman"grand public", le "grand public" en ait fait un "classique".

Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, éd. Le livre de poche, 2005, 314 pages, ISBN 2253012548.

© L'île déserte de Louis

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