mardi, 26 septembre 2006

Le potentiel érotique de ma femme par David Foenkinos

medium_potentiel.jpgAprès avoir collectionné, entre autres, les piques apéritif, les badges de campagne électorale, les peintures de bateaux à quai, les pieds de lapin, les cloches en savon, les bruits à cinq heures du matin, les dictons croates, les boules de rampe d'escalier, les premières pages de roman, les étiquettes de melon, les oeufs d'oiseaux, les cordes de pendu, Hector est tombé amoureux et s'est marié. Alors, il s'est mis à collectionner sa femme. (Quatrième de couverture)

Nous connaissons tous quelqu'un qui possède une impressionnante collection de : timbres, pins, cartes de sport, etc. Il reste que ce passe-temps frôle rarement la folie, ce qui malheureusement est le cas de Hector. Désespéré, suicidaire, ce dernier espère trouver la rédemption en épousant la douce Brigitte. Bien évidemment, rien ne se passe comme prévu...

Non, rien ne se passe comme prévu, à commencer par l'humour qui devrait normalement accompagné une telle histoire. En aucun moment David Foenkinos ne sera pas parvenu à m'arracher un simple sourire lors de la lecture des 179 pages de Le potentiel érotique de ma femme. Le style léger, un faible pastiche des succulents David Lodge et Tom Sharpe, ne parvient pas à faire oublier la minceur de son histoire.

Le véritable ennui de ce roman est, je crois, causé par le trop lent départ du récit. On se perd pendant des pages et des pages avant de finalement voir Hector "replonger" (page 103, pour être précis, sur un total de 179) et se mettre à "collectionner sa femme". Et puis, le personnage lui-même est d'un pathétisme navrant. Les perdants peuvent faire rire lorsqu'ils sont attachants... ce qui n'est pas le cas ici. Vraiment, ce n'est pas parce qu'une histoire est abracadabrante qu'elle est forcément bonne.

Histoire de jouer l'avocat du diable, je tiens à nuancer mes propos en précisant que le livre de David Foenkilos a connu un vif succès à sa sortie en 2004. Il a même été récompensé par le prix Roger-Nimier. De plus, la majorité de sites internet et blogs qui en font la critique ont apprécié le roman. La preuve que les critiques littéraires sont très subjectives et qu'elles relèvent surtout de nos goûts personnels... Mais je vous conseille quand même de lire d'abord et avant tout David Lodge et Tom Sharpe!

David Foenkinos, Le potentiel érotique de ma femme, éd. Gallimard, coll. Folio, 2004, 179 pages, ISBN 2070309770.

mardi, 19 septembre 2006

9 fois 9 choses que l'on dit de Mogador par Alberto Ruy-Sanchez

medium_9_fois_9_choses.jpgUne femme native de Mogador, Hassida, raconte sa ville à son amant qui ne la connaît pas... Mogador est la ville du désir, une ville où on y compte de neuf en neuf parce que le chiffre dix n'est pas aimé, une ville où la spirale l'emporte sur la ligne droite pendant que sur le corps de ses habitants est écrite l'histoire de toute leur vie.

Incroyable livre qu'est 9 fois 9 choses que l'on dit de Mogador. À la manière d'Italo Calvino, c'est à travers à peine 65 pages (!) que Alberto Ruy-Sanchez construit une ville imaginaire de sensualité et d'ivresse. Neuf courts chapitres, formés de neuf paragraphes, donnent naissance à une expérience littéraire unique. Je n'arrive pas à trouver les mots justes tant ce roman (?) m'a envoûté.

On dit qu'à Mogador les fenêtres dévorent l'air avec un appétit démesuré et qu'à l'intérieur des maisons tout ce ciel avalé se change jour et nuit en lumière; que le plaisir même prend savamment sa source dans cette lumière créée du désir dévorant. On dit aussi, quand une femme désire quelqu'un et que ce désir fait briller ses yeux, qu'elle "à de l'air dans le regard". (p.35)

On ne lit pas rapidement 9 fois 9 choses que l'on dit de Mogador. L’œuvre demande que l'on prenne notre temps. Aucun ordre véritable ne régit ce livre. Chaque chapitre peut être lu indépendamment des autres. Ainsi, le titre de ces chapitres laisse deviner toute la sensualité mystérieuse du livre : De la spirale et de ce qui s'ensuit, De la lumière mogadorienne, De la musique élémentaire, Des bibliothèques et de ceux qui les hantent, etc.

Je me retiens de ne pas copier l'oeuvre dans sa totalité tant je souhaite partager mon plaisir avec le plus de gens possible. 9 fois 9 choses sur Mogador est un petit bijou dont on ne peut se lasser.

Alberto Ruy-Sanchez, 9 fois 9 choses que l'on dit de Mogador [trad. de l'espagnol par Gabriel Iaculli], éd. Les Allusifs, 2006, 65 pages, ISBN 2922868400.

© L'île déserte de Louis

lundi, 18 septembre 2006

Babylon Babies par Maurice G. Dantec

medium_Bab_babe.jpgLire Maurice G. Dantec, c'est faire un triathlon de plusieurs jours. Malgré l'action incessante, malgré l'intrigue déroutante, malgré l'accumulation des scènes de psychose, il me fallait passer à travers les 719 pages de Babylon Babies le plus rapidement possible.

Résumer l’œuvre me paraît impossible. Il me faudrait pour cela recopier l'ensemble du roman tant le récit est complexe. Je simplifierai donc... Toorop, un mercenaire high-tech, a pour mission d'escorter une jeune femme schizophrène, Marie, jusqu'au Québec en échange d'une importante somme. Il s'avère rapidement que la jeune femme est la mère porteuse d'une créature génétiquement modifiée... un "contenu" qui intéresse plusieurs groupes criminalisés : gangs de bikers, sectes post-millénaristes et mafia. Babylon Babies contient définitivement une forte touche de roman noire.

Si les romans classiques de science fiction ne vous disent rien, évitez Babylon Babies. Dantec va beaucoup plus loin que la simple création d'un futur fait de machines et de robots. Son monde en est un de drogues hallucinogènes, de schizophrènes et de manipulations génétiques. Dès lors, il n'est pas surprenant de constater que le roman contient de nombreux passages ressemblant davantage à des poèmes qu'à une narration continue. On suit les délires des personnages dans les moindre détails, ce qui pourrait agacer certains lecteurs habitués à des histoires plus fluides.

Il s'était retrouvé dans ce monde post-apocalyptique, ce monde de désolation recouvert de cendres, il savait que ce monde formait la structure sous-jacente d'un rêve qu'il faisait de manière récurrente depuis des années [...] Marie l'attendait à une station de bus dont seul le sommet dépassait du tapis de cendres. Marie était Marie et pourtant ce n'était plus elle. Il savait que c'était elle, mais elle avait complètement changé d'allure, et de visage. (p.615)

L'écriture de Babylon Babies reflète admirablement bien le récit que contient l’œuvre. Pour parler en bon petit écolier, "le fond et la forme du roman mettent en valeur les idées et concepts exprimés par Dantec". Certes, la spirale que forme l'ensemble du texte a quelque chose d'un peu effrayant. Le style de Dantec est unique. Il demeure qu'on ne doit pas se laisser rebuter par son approche.

Si vous êtes frileux à l'idée de vous plonger dans un tel roman et d'en ressortir déçu, je vous conseille d'attendre le film de Mathieu Kassovitz Babylon A.D. prévu pour 2007 (avec pour têtes d'affiche Vin Diesel et le très sympathique Vincent Cassel). Et pour en savoir un peu plus sur Maurice G. Dantec, un petit détour par son site officiel... à l'image de l'auteur.

Maurice G. Dantec, Babylon Babies, éd. Gallimard, coll. Folio SF, 2004 [1999], 719 pages, ISBN 2070417530.

© L'île déserte de Louis

samedi, 09 septembre 2006

Le diable par la queue, Fausse balle et théâtre par Paul Auster

medium_Diable.jpgIl y a parfois des livres dont la simple existence nous surprend. Non pas parce que leur histoire paraît unique ou révoltante, mais simplement parce que nous pensions qu'ils ne s'imprimaient plus. C'est le cas de cette surprenante version du Diable par la queue de Paul Auster... bouquin enrichi de quatre oeuvres de jeunesse, soit trois pièces de théâtre inédites et un roman policier publié une seule fois en 1982.

Mais commençons par Le diable par la queue, un essai autobiographique fort amusant qui s'attarde aux années de galère et de vache maigre qu'aura connu Paul Auster. L'auteur s'attarde particulièrement sur ses nombreux problèmes d'argent et son obstination avec laquelle il cherche à en gagner... quitte à créer un jeu de cartes qui "simule une partie de base-ball telle qu'elle se déroule sur le terrain" (jeu inclus dans le livre) ou encore à écrire un roman policier, Fausse balle (qu'il signe Paul Benjamin), que l'on retrouve aussi dans ce recueil.

Fausse balle , pour sa part, ne ressemble en rien aux autres oeuvres de Paul Auster. L'auteur l'admet lui-même, il ne s'agit là que d'une création alimentaire. Le polar se vendant toujours bien, Auster ne cherchait à l'époque qu'à créer un revenu qui lui permettrait de vivre. L'intrigue dU roman se résume assez simplement... Max Klein, détective privé, est un jour sollicité par George Chapman, ancienne vedette de base-ball qui tente de se présenter aux élections sénatoriales. Mais voilà, celui-ci a reçu une lettre anonyme l'exhortant à honorer un accord dont il ignore tout, et il demande à Klein d'enquêter. Bien vite, Chapman est retrouvé mort dans des circonstances qui ont tout du meurtre. Passage à tabac, bagarres, jolie fille... Fausse balle ne réinvente en rien l'art du polar. Il reste que les amateurs de Paul Auster apprécieront sans doute de découvrir un tout autre Auster que celui qu'il connaissait jusque là.

Pour ce qui est des trois pièces de théâtre (Laurel et Hardi vont au paradis, Cache-cache et Black out), on sent vraiment germer les thèmes qui deviendront plus tard centraux chez Paul Auster : le hasard, les labyrinthes... le tout mélangé à un fond d'existentialisme. J'ai bien aimé découvrir Auster le dramaturge, en particulier avec Laurel et hardi vont au paradis.

En somme, ce recueil s'adresse uniquement aux inconditionnels de Paul Auster. En effet, Le diable par la queue existe depuis lontemps en format poche, et Fausse balle est depuis peu accessible aussi en format poche. Ne reste plus que les trois pièces de théâtre, ce qui fait chèrement payé pour 90 pages... aussi excellentes soient-elles.

Suivant ma nouvelle habitude, je termine avec quelques adresses internet pertinentes, à commencer par le site officiel de Paul Auster, qui est mis à jour très régulièrement et contient quantité d'informations sur l'auteur et son oeuvre. Je vous suggère aussi le cahier lecture du New York Times qui offre la possibilité de lire les critiques de tous les livres de Paul Auster publiées par ce quotidien.

Paul Auster, Le diable par la queue, éd. Actes Sud, 1999, 175, ISBN 2742710310

© L'île déserte de Louis

mardi, 05 septembre 2006

Internet et la littérature 2

medium_ebook.jpg Me voici plongé dans la lecture de Babylone Babies (Maurice. G. Dantec) depuis quelques jours, et je ne crois pas m'en sortir avant une bonne semaine. En attendant, j'ai cru bon de partager certaines adresses web intéressantes.

Il y a tout d'abord la section littéraire du quotidien Le Monde. Le site est très bien construit, les critiques sont signées et les articles de fonds vallent, généralement, la peine d'être lus. On y retrouve aussi le blog de Pierre Assouline, très riche, mais pas toujours pertinent (un blog sera toujours un blog).

J'aime bien aussi me rendre sur Parutions. com. Là aussi les critiques sont signées et le site est bien fait. Le moteur de recherche reste simple. Littérature, essai, philosphie, bande dessinée, livre de poche, on y trouve de tout... même une section littérature gay. Quant aux entretiens, bien que peu nombreux, ils nous donnent le chance de découvrir des écrivains aimés du grand public : Guillaume Musso, Eliette Abécassis, Maurice G. Dantec, etc.

Finalement, pour les amateurs de littérature américaine, le site du Prix Pulitzer demeure un incontournable. De 1917 à 2006, nous avons accès à une courte biographie des auteurs primés, de même qu'à un résumé de leur oeuvre.

© L'île déserte de Louis

vendredi, 01 septembre 2006

L'Histoire sans fin par Michael Ende

medium_Histoire_sans_fin.jpgJe voudrais bien savoir ce qui se passe réellement dans un livre, tant qu'il est fermé. Il n'y a là, bien sûr, que des lettres imprimées sur du papier et pourtant - il doit bien se passer quelque chose puisque, quand je l'ouvre, une histoire entière est là d'un seul coup. Il y a des personnages, que je ne connais pas encore, et il y a toutes les aventures, tous les exploits et les combats possibles. Tout cela est d'une façon ou d'une autre à l'intérieur du livre. Il faut le lire pour le vivre, c'est évident... (p.20)

Pour résumer L'Histoire sans fin de façon très lacunaire, disons que le récit se divise en deux grandes parties. La première raconte l'histoire de Bastian, un jeune garçon de dix ans, gros, timide, sans ami et faible en classe de surcroît. Un jour, Bastian dérobe un livre ancien dont l'histoire est celle d'un pays fantastique, un pays fait d'elfes, de monstres et de licornes. Un pays, surtout, menacé par la destruction et rongé par un mal étrange contre lequel seul un jeune amérindien, Atréju, pourra trouver le remède. Les deux cent premières pages se concentrent principalement sur les aventures du jeune Atréju et son dragon blanc Fuchur... jusqu'à ce que Bastian entre ni plus ni moins dans le livre. Et c'est ainsi que le jeune garçon participera lui aussi à l'histoire. Muni d'un pouvoir unique au Pays fantastique, l'imagination, il devra affronter bien des dangers avant de retourner auprès de ceux qui l'aiment.

medium_Fuchur.jpg Je me souvenais du film qui, enfant, m'avait émerveillé. Les souvenirs qui m'en restaient demeuraient malheureusement incomplets et vagues : un dragon blanc au visage de chien, une sorte de gnome, Atreju et son cheval. Il n'empêche que le bonheur que j'avais alors éprouvé ne s'était jamais effacé de ma mémoire.

C'est donc avec surprise que je suis tombé sur cette réédition de L'Histoire sans fin. Il ne m'aura fallu que quelques pages pour que je redécouvre l'incroyable magie que contient ce livre. Voilà très longtemps que je n'avais pas autant apprécié un roman. En fait, je pourrais écrire que voilà très longtemps que je n'avais pas "vécu un roman" tant je me suis laissé emporter par ses cinq cent pages.

L'Histoire sans fin est de la même trempe que Harry Potter et Les chroniques de Narnia. L'auteur nous convie à une histoire de fées et de princesse racontée pour les "grands enfants". Cette histoire est-elle vraiment sans fin? Pour répondre à la question, j'emprunterai le voix de J.M.G Le Clézio en écrivant: "Les vraies vies n'ont pas de fin. Les vrais livres n'ont pas de fin".

Pour une critique plus riche, vous pouvez toujours consulter cet extrait tiré du New York Times de novembre 1983 (en anglais). Et, pour les nostalgiques, il est toujours possible de regarder la bande annonce du film de Wolfgang Petersen.

Michael Ende, L'Histoire sans fin [trad. de l'allemand par Dominque Autrand], éd. Le livre de poche, 1984 (pour la traduction), 500 pages, ISBN 225303598x.

© L'île déserte de Louis

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