mercredi, 23 août 2006
Verre Cassé par Alain Mabanckou
Dans un bar congolais des plus crasseux, le Crédit a voyagé, un de client les plus assidus, Verre Cassé, immortalise dans un cahier de fortune les prouesses et échecs des ratés sympatiques qui le fréquentent. La mémoire ne suffit plus pour le savoir de tout un quartier survive au temps. Les vieilliards ne peuvent à eux seuls servire de biblothèques. L'Histoire doit être mise sur papier, et ce, même si le produit final n'est peut-être qu'une histoire de l'Histoire.
Que penser de tout cela ? Hum. Verre Cassé... Verre Cassé est un roman sans début véritable et sans fin totale; une oeuvre qui ne contient aucune majuscule ni point... que des minuscules et des virgules. Alors, si vous aimez ces histoires simples écrites dans un style dépouillé, n'achetez pas Verre Cassé.
Cependant, si les défis littéraires vous fascinent et si vous êtes un lecteur avide de littérature de tous genres, toutes époques et toutes langues, Alain Mabanckou vous plaira certainement.
On croit parfois lire Marquez. À d'autres moments, on se trouve en plein Rabelais. Il y a même un je ne sais quoi de Ovide, avec tous ces personnages quasi mythologiques. D'ailleurs, l'univers que raconte Alain Mabanckou appartient davantage au conte qu'au roman. Mensonges, réalité et rêves éveillés se mélangent dans le discours éthilique de verre Cassé.
Alain Mabanckou est aussi un très grand lecteur, et ça se voit. Chaque page contient un clin d’œil à une oeuvre ou un écrivain. Parfois ce n'est rien, un détail (Céline qui rencontre Ferdinand) ou l'emploi d'un titre (faut pas faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer). Il arrive aussi que l'allusion soit plus directe, comme avec l'emploi de personnages "empruntés" à d'autres roman (dont Holden, qu'on devine être le Holden Caufield de L'attrape-coeur) :
je croise ce type qui se fait appeler Holden, je l'entends encore me sortir ses niaiseries d'adolescent rebelle [...] et puis il s'avance près de moi, me dit qu'il sera bientôt minuit, je lui tends alors ce cahier en lui confiant "mon gars, ne l'ouvre surtout pas même si toi aussi tu es dedans, mais je n'ai pas voulu parler de ta vie, je n'ai pas assez de temps, du reste, allais-tu me dire qu'un de tes amis t'as cassé la figure dans le dortoir, que tu vagabondais ici et là dans le Manhattan, que tu as été à new York... (p.247)
Pour les curieux, vous pouvez toujours lire le blog d'Alain Mabanckou.
Alain Mabanckou, Verre Cassé, éd. du Seuil, Coll. Points, 2005, 248 pages, ISBN 2020849534.
© L'île déserte de Louis
13:40 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Alain Mabanckou
dimanche, 20 août 2006
Les perruches sont cuites par Charles Bolduc
Ce n'est pas parce qu'un recueil de nouvelles contient un peu moins de 120 pages que cela en fait un livre qui se lit en quelques heures. Le nombre de pages reflète rarement la densité d'une oeuvre. Les perruches sont cuites fait partie de cette catégorie d'oeuvres qu'on doit savourer plutôt que dévorer.
Il m'est difficile de résumer l'ensemble du recueil puisqu'à travers ses 36 nouvelles Charles Bolduc abordent ces petites choses du quotidien qui ne durent jamais bien longtemps. Que l'on pense à La lente assurance des escargots, Les vélos meurent en ville ou encore à L'odeur des autobus scolaires, on se retrouve souvent à lire des réflexions que, jusque là, nous pensions être les nôtres uniquement.
Mais plus que le banal quotidien, l'amour est le thème central de Les perruches sont cuites. En fait, il ne s'agit pas tant de l'amour que de la fragiltié du bonheur et l'incertitude causé par l'amour (et parfois l'absence d'amour). Il faut une certaine maturité pour comprendre qu'aimer c'est douter, et Charles Bolduc aborde cette réalité avec une surprenante pudeur.
Parmi les plus réussis, je songe entre autres à Isabelle Blais, Faire voler les parapluies et et Le potentiel séducteur des petits gâteaux (que je pourrais lire dix fois sans m'en lasser).
Je trouve dommage que l'éditeur (sans doute) ait choisi un tel titre (Les perruches sont cuites), car l'humour qui s'en dégage annonce quelque chose qui n'est pas. Les perruches sont cuites n'est pas un recueil humoristique et léger. Certes, on rit parfois. Tout n'y est pas noir. Cependant, le vague à l'âme amoureux que renferme l'oeuvre aurait exigé un choix plus éclairé.
Pour les plus curieux, voici une entrevue avec Charles Bolduc réalisée par Radio Canada.
Charles Bolduc, Les perruches sont cuites, éd Leméac, 2006, 119 pages, ISBN 2760932834
06:40 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Charles Bolduc
samedi, 19 août 2006
L'influence d'un livre par Philippe Aubert de Gaspé (fils)
L'influence d'un livre a tout du roman naïf tel que pourrait l'écrire tout adolescent : un brave cultivateur en quête de la pierre philosophale (pierre dont le "mode d'emploi" se trouve dans le Petit Albert... un livre d'alchimie) ouvre la voie à une série de personnages (aventurier, meurtrier, médecin, etc.) qui peuplent un récit à la fois gothique, fantastique et rocambolesque. Pourtant, ce roman est l’œuvre d'un adulte lettré du XIXe siècle.
Publié au Québec en 1837 par Philippe Aubert de Gaspé (fils), L'influence d'un livre est souvent présenté comme le tout premier roman de la littérature canadienne-française... ce qui n'en fait pas le meilleur, loin de là. En effet, l'histoire se perd souvent dans des digressions plus ou moins cohérentes et les nombreux rebondissements s'enchaînement rarement avec harmonie. Quant à la "peinture de la nature humaine" dont l'auteur prétend se faire l'artiste, elle sombre dans l'accumulation d'effets cherchant maladroitement à effrayer le lecteur :
La nuit était sombre, le vent faisait trembler la chaumière, mal assurée sur ses fondement, et quelques gouttes de pluie poussées par l'orage suintaient au travers des planches, mal jointes, de son toit. Le tonnerre se faisait entendre au loin. Tout présageait une nuit horrible. (p.33)
Il reste que la lecture de ce roman n'est pas ennuyante pour autant. La description des lieux, du mode de vie, des croyances populaires et de divers métiers lui donnent une valeur historique non négligeable. De plus, l'action constante de L'influence d'un livre parvient à palier son manque de cohérence. D'une manière inexplicable, j'ai lu ce roman sans jamais m'ennuyer. Il faut donc abordé cette oeuvre avec un certain recul et éviter d'avoir de trop grandes attentes. Après tout, ce roman symbolise d'une certaine façon le genèse d'une littérature, et non pas son apogée.
Philippe Aubert de Gaspé (fils), L'influence d'un livre, éd. Bibliothèque Québécoise, 2004 [1995 pour la présentation], 154 pages, ISBN 2894062303
18:05 Publié dans Curiosités littéraires, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Philippe Aubert de Gaspé (fils)
mardi, 01 août 2006
De retour après la pause...
Je quitte mon île déserte le temps de quelques jours, histoire de voyager un peu. Ma destination : les plages de la virginie.
Des journées entières à ne rien faire, sinon prendre du soleil, relaxer, et, peut-être bien, lire un peu..
23:28 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

