jeudi, 15 juin 2006
De la littérature par Umberto Eco
Il n’est pas facile de commenter une œuvre d’Umberto Eco, en particulier lorsque le romancier nous offre un recueil de textes (essais, conférences, leçons et préfaces) dont la production s’étale sur plus de dix ans (1990 à 2000, à une exception). C’est ainsi qu’après la publication de son plus récent roman, Baudolino (2003), et la sortie de deux œuvres à saveurs sémiotiques, Sémiotique et philosophie du langage (2001) et Kant et l’ornithorynque (1999), Eco entreprend un nouveau pèlerinage dans l’univers de la littérature.
Néanmoins, contrairement à Six promenades dans les bois du roman (1996), De la littérature ne regroupe pas des textes portant sur une œuvre ou un auteur en particulier. Tel que l’annonce Eco en début d’introduction, le livre réunit plutôt « des textes de circonstance, tous centrés sur le problème de la littérature ». Dès lors, il n’est pas étonnant de constater la diversité et la richesse des sujets abordés : mythes américains, intertextualité, ironie, poétique aristotélicienne, Wilde, Borges (et les détritus littéraires), Cervantès, etc.
Moins jubilatoire et plus sérieux que Comment voyager avec un saumon (1997), De la littérature demeure malgré tout un recueil dans lequel Eco s’amuse visiblement... et le lecteur un peu moins. Érudit aux connaissances sans fin, l’écrivain nous fait (re)découvrir des lieux qu’il a lui-même déjà visités (Babel, Gérard de Nerval, le rôle du lecteur, etc.) en plus d’aborder de nouveaux sujets. Défenseur des librairies à grande surface, apologue du style du Manifeste du Parti communiste, il sait malgré tout surprendre tout en enseignant. Car voilà peut-être la plus grande qualité de cet ouvrage : Eco enseigne sans en avoir l’air.
De façon paradoxale, c’est en prenant un ton personnel qu’Eco nous offre son meilleure texte du recueil, « Borges et mon angoisse de l’influence », ainsi que son plus faible, « Comment j’écris ». Dernier texte de l’œuvre, « Comment j’écris » ressemble davantage à une liste d’événements anecdotiques qu’à une réflexion approfondie. Il n’empêche que les inconditionnels de l’écrivain se délecteront en y découvrant les réflexions et idées à l’origine de romans tels Le nom de la rose et L’île du jour d’avant. Pour les autres, le sommeil risque fort d’avoir raison de vous avant la fin du texte.
De tout ce recueil, seul un détail risque de déstabiliser momentanément le lecteur : l’essayiste n’arrive pas à se défaire totalement du sémioticien qui sommeille en lui. Malgré l’annonce, en introduction, d’une œuvre centrée sur le problème de la littérature, Eco ne peut visiblement pas s’empêcher de tomber parfois dans l’analyse sémiotique.
Au final, De la littérature est une oeuvre très inégale, un peu comme si Eco était fatigué d’être un « théoricien » sans pour autant parvenir à être un simple « lecteur ». Sommes-nous ici en présence d’une commande d’éditeur ? Probablement. De la littérature sent le réchauffé et manque de dynamisme.
Plutôt que de perdre votre temps avec cette oeuvre, je conseille vivement la lecture de Lector in fabula : le rôle du lecteur pour les amateurs de théories littéraire, et Comment voyager avec un saumon pour les lecteurs d’absurde.
Umberto Eco, De la littérature, éd. Grasset, 2004, 439 pages, ISBN 2253108588
© L'île déserte de Louis
20:05 Publié dans Sur la littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Umberto Eco


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