lundi, 27 février 2006

Fahrenheit 451 par Ray Bradbury

Fahrenheit 451 est un classique de la science fiction, le genre de roman dont tout le monde a déjà entendu parlé mais que peu ont déjà lu. Publié en 1953 sous forme de feuilleton, Fahrenheit 451 se lit avec une rapidité et un intérêt étonnant. Le simple fait que Bradbury devait sans cesse garder en éveil l’intérêt de ses lecteurs y est pour beaucoup : les rebondissements prennent le lecteur par surprise, l’action augmente en intensité, les personnages sont peu nombreux et sont rarement plus de deux par « épisode ».

Au-delà de cette maîtrise du suspens, l’histoire de Bradbury captive plus de cinquante ans après sa publication.

Dans une société future (américaine) où la lecture, source de questionnements et de réflexions, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres au nom du bien commun. On encourage la pensée unique tandis qu’on réprime toute forme de doute. La publicité est partout et les médias ne servent plus qu’à encourager l’abrutissement mental. Les gens ne discutent pratiquement plus entre eux puisque la liberté d’expression est un concept révolu.

Fahrenheit 451 est un incroyable roman d’anticipation dans lequel Montag, pompier amoureux des flammes, vole un livre et voit sa vie bouleversée. Plutôt que de le brûler, comme le « bon sens » le dicte, il le dissimule chez lui et commet l’horrible crime de lire ce qu’il contient. Pendant que sa femme Mildred passe ses journées devant le petit écran inter-actif (trois murs surs lesquels des personnages se font donner la réplique par le téléspectateur), Montag deviendra rapidement l’ennemi public numéro un.

Petit fait historique : en 1966, soit il y a quarante ans cette année, était publié pour la dernière fois L’Index papal, un catalogue recensant toutes les lectures interdites par Rome. Aujourd’hui, on ne brûle pas les livres (comme à l’époque de Voltaire) et le curé en chaire ne nous condamnera pas à l’Enfer éternel si nous lisons Camus (Camus était à l’Index en 1966). Malgré tout, il arrive encore que des personnes tentent de faire disparaître certains titres pour des raisons « morales » et « éthiques ». Songeons aux Versets sataniques (pas si sataniques que ça), à Harry Potter ou encore au Da Vinci Code, sans oublier les interdits des dictatures présentes ou passées (ex URSS, Argentine, Cuba, Chine et autres).

L’univers de Fahrenheit 451 ne deviendra sans doute jamais réel. Il reste que ce roman d’anticipation ressemble trop à notre époque (encouragement à la surconsommation, omniprésence de la publicité, télé-réalité, etc.). Il s’agit là d’une mise à nue d’une société sans âme individuelle face à laquelle on ne peut s’empêcher de trouver des ressemblances croissantes avec la nôtre... un roman de science « fiction » où la fiction nous paraît parfois bien mince.


Ray Bradury, Fahrenheit 451 [trad. de l’anglais par Jacques Chambon et Henri Robillot], éd. Gallimard, coll. Folio SC, 2005 (1995 pour la nouvelle traduction), 213 pages, ISBN 2070415732.

© L'île déserte de Louis

Commentaires

C'est fou quand même de constater qu'à notre époque, on sous-entend encore des censures pour certains livres! L'univers de Fahrenheit 451 n'arrivera probablement pas tel quel mais cependant, la société décrite dans le livre trouve certains échos avec la société dans laquelle nous vivons...

Ecrit par : Allie | lundi, 27 février 2006

Allie, aujourd'hui la censure ne s'oppère plus physiquement, mais virtuellement. La version de Google disponible aux USA bloque certaines images et vidéos en lien avec la guerre en Irak (alors que le reste du monde y a accès). Ce même Google, version chinoise, ne contient aucun lien contenant les mots "liberté" et "démocratie".

Ecrit par : Louis | jeudi, 02 mars 2006

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